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La thèse de Philippe Nicolas a été soutenue le 15 décembre 2007

vendredi 24 février 2012, par René Barbier

La thèse de Philippe Nicolas, porte sur
l’enfant pêcheur et rêveur, à l’enfant devenu adulte, acteur du monde. Approche écologique et pensée de la complexité à partir d’une pratique éducative de plein-air : vers une philosophie de l’homme relié.

. Une préoccupation essentielle : l’inter-relation homme environnement.

L’explicitation de la problématique de la recherche-action (Barbier R.,1996) : De l’enfant rêveur et pêcheur, à l’enfant devenu adulte, acteur du monde. Approche écologique et pensée de la complexité à partir d’une pratique éducative de plein-air : vers une philosophie de l’homme relié est l’ouverture conclusive affinée d’un processus de recherche conduit à partir d’une préoccupation essentielle centrée sur l’inter-relation homme-environnement, dans le département des Sciences de l’Éducation à Paris 8, auprès du professeur R.Barbier.

Voir le résumé de sa thèse en format pdf (27 pages)

Le Jury était composé de :

JL Le Grand (Pr. Paris 8, Président du jury)

G.Danou (docteur en médecine, docteur es lettres et HDR, qualifié Pr.section 10 du CNU, enseignant à Paris 7)

R.Barbier (Pr émérite Paris 8, directeur)

B.Nicolescu (Pr Faculté d’Etudes Européennes, Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca, Roumanie.)

M.Maffesoli (Pr Sorbonne)

Patrick Paul (docteur en médecine, chercheur habilité sciences de l’éducation, université Tours)

Paul Taylor (Pr université Rennes2)

Philippe Nicolas, professeur des écoles en ZEP, nous livre une recherche d’une rare qualité d’implication distanciée et réfléchie sur une voie originale d’éducation de plein-air, dans sa thèse intitulée : « « De l’enfant pêcheur et rêveur, à l’enfant devenu adulte, acteur du monde . Approche écologique et pensée de la complexité à partir d’une pratique éducative de plein-air : vers une philosophie de l’homme relié » (410 pages dont 9 pages de bibliographie, 5 pages d’index thématique et 59 pages d’annexes textuels et iconographiques)

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’accompagner sa recherche.
Je connais Philippe Nicolas depuis de longues années puisqu’il a commencé à suivre mon enseignement en licence pour le poursuivre en maîtrise, DEA et enfin doctorat.
J’ai tout de suite été touché par sa grande sensibilité, sa créativité débordante, son talent de peintre et de poète, sa spiritualité de « terrestreté » comme il la nomme.

Je suis heureux que Philippe Nicolas termine ainsi sa recherche auprès d’un jury dont la composition prestigieuse souligne, par sa diversité intellectuelle, la richesse de significations philosophiques de la thèse en question.

Lorsqu’un professeur d’université termine sa carrière professionnelle, comme c’est mon cas, il se demande parfois à quoi il a pu servir pendant de si longues années ?
Mon ami et collègue Jacques Ardoino pense qu’il sert à pousser ses étudiants à le « trahir » systématiquement. La « trahison », selon lui, est un élément clé de l’autonomie réelle du sujet apprenant.

Je ne suis pas d’accord avec lui. Peut-être parce que je sens, derrière cette idée de « trahison » indépassable, une logique sous-jacente de la « pureté » dont le maître serait le garant, ce que, pourtant, conteste vigoureusement J.Ardoino.

Je pense plutôt en termes de prolongement et de dépassement.

Philippe Nicolas est bien dans une progression par rapport à ma conception du monde. Il s’y reconnaît, notamment dans l’écoute sensible des êtres et de la nature, dans la nécessité de prendre en compte un imaginaire tridimensionnel qui n’exclut pas la dimension du sacré, à côté de celle de l’inconscient pulsionnel et de l’imaginaire social. Sa thèse montre ce sens de la « gratitude » bien mise en lumière par André Comte-Sponville, à l’égard des anciens, ce que peu de jeunes chercheurs reconnaissent facilement aujourd’hui.

Mais il n’est jamais obséquieux ou soumis. Il demeure un être autonome qui a vraiment une « thèse à défendre » : la « philosophie du Grand Bond ».
C’est en cela qu’il débouche véritablement sur un dépassement et non sur une trahison intellectuelle.

Le dépassement est un envol singulier et un éveil original. À partir d’un sol bien affirmé, Philippe Nicolas décolle vers sa propre philosophie dont il nous donne la logique intrinsèque à partir de trois concepts qu’il forge : débordance, assumance, et aimance, le tout relié à un sens incarné de la « terrestreté » et de l’homme relié et de l’« écoumène » de Augustin Berque. La « reliance » est, sans conteste, un des concepts majeurs qu’il emprunte à ses aînés pour en montrer toute la puissance herméneutique dans une vie qui refuse la « montée de l’insignifiance » dont nous parlait Cornelius Castoriadis. Il me semble que Philippe Nicolas est le contre exemple-type des étudiants décrits par Dany-Robert Dufour comme des « égo-grégaires » sans foi ni loi autres que l’avidité à consommer à tout prix selon la logique dirimante du « Divin Marché ». Il représente plutôt à mes yeux l’incarnation des êtres, conçus comme « hommes révoltés » contre l’ordre économique et culturel dominant de décervelage, qui ont su récupérer leur « narcissisme primordial » et, du même coup, leur sens aigu de la création par une participation à la fois singulière et collective au monde naturel et social, si bien décrit par le philosophe Bernard Stiegler dans son ouvrage « de la misère symbolique 2 : la catastrophè du sensible ».
C’est, entre autres, sur la « raison sensible » de Michel Maffesoli ou la « pédagogie de la caresse » de Paul Taylor qu’il appuie son argumentation.

Philippe Nicolas va dérouler sa pensée selon une méthodologie précise et bien ficelée.

-  Il part, d’abord, de sa propre vie et de sa propre implication dans l’art de la pêche à la mouche. J’ai accepté son sujet de thèse parce qu’il me semblait vraiment hors du commun en Sciences de l’éducation, tout en lui indiquant le risque académique qu’il prenait en poursuivant sur ce registre. C’est toujours problématique pour un jeune chercheur de choisir un sujet de thèse hors des chemins bien balisés par la cité savante de l’époque. Pour un professeur en fin de carrière comme moi, cela est sans importance. Michel Maffesoli sait ce qu’il en coûte d’oser accueillir des thèmes de recherche considérés comme indignes de la sociologie par ceux qui se croient les gardiens du Temple du Savoir.

Ce premier moment lui donne déjà l’intuition de certains concepts, de certaines grandes significations propres à animer sa recherche d’un « objet de connaissance ». Il va alors « à la pêche » si j’ose dire, des écrits à la fois théoriques et existentielles, littéraires et philosophiques, qui peuvent sous-tendre son argumentation.

-  Dans un deuxième moment, dans la mesure où il a pris la voie d’une certaine forme de recherche-action, il choisit un panel de « témoins remarquables » dans la maîtrise de la pêche à la mouche. On sait que le « témoignage », en sciences humaines cliniques, est une des clés du recueil des données, malgré son inévitable ambivalence. Il s’agit ici de recueillir les propos sur le sens de la vie liée à cette pratique largement méditative, de personnes qui ont su réfléchir avec intelligence sur leur pratique de longue durée en plein air. Il tire de ces entretiens approfondis, une grille herméneutique véritablement animée par le sens de la vie symbolique reconquise, en accord avec la reconnaissance de la solitude, du silence, de l’enracinement dans une sorte d’« autreté » de la nature, conçue comme un autre « niveau de réalité » cher à Basarab Nicolescu, mais également de la maîtrise d’une technique, de la nécessité de passer par un mentor.

-  Enfin dans un troisième moment de sa recherche, il met à l’épreuve de la réalité sa grille interprétative, en suivant pendant de longues années une histoire de vie d’un jeune pêcheur inscrit dans un atelier de pêche que Philippe a créé dans une institution d’enseignement. Il s’agit bien d’une histoire de vie retracée à partir d’observations, d’entretiens, de suivis et d’entraînement hors des sentiers battus, comme ce voyage au Québec, en pleine nature, lorsque Rémi, le jeune garçon est déjà devenu un jeune homme presque ingénieur. Il y a là comme l’histoire de vie de longue durée de Marie-Michèle décrite par Gaston Pineau en son temps.

-  Philippe Nicolas nous démontre, dans sa thèse, la valeur exceptionnelle d’une psychosociologie à la fois philosophique et qualitative, à partir de cette histoire de vie singulière.

-  Sa recherche débouche sur une véritable réflexion et une proposition d’une orientation philosophique fondée sur « le Grand Bond », comme retour à la source, tout en étant le sens d’un surgissement sempiternel. C’est très exactement ce que les Anciens Chinois nommaient « retourner chez soi , c’est à dire vers l’origine sans origine, vers le commencement sans commencement, vers le Tao dans sa présence immuable mais tout en fluidités et diversités de ses formes en création permanente, ses « dix milles êtres ».

-  Le poète René Char, qui avait été l’un des chefs de la Résistance à l’occupant nazi dans le sud de la France, proposait cet aphorisme, après la guerre, sans accepter d’entrer en politique : « Être du bond. Ne pas être du festin, son épilogue ». Philippe Nicolas propose ainsi aux éducateurs de notre temps, une philosophie du bond qui s’inscrit, sans doute, dans les retombées de cet aphorisme.

-  Etre dans une philosophie du bond, c’est refuser d’être dans celle de l’homme fermé. Fermé aux autres, au monde technique et naturel, à Internet ou à la randonnée en forêt, et en fin de compte aux ressources internes à soi-même. C’est être en révolte contre une société hyper industrielle comme la nomme Bernard Stiegler, qui engloutit le travailleur, le créateur, dans l’uniformité conformiste de la consommation dirigée par les puissances de l’argent, en trafiquant sans cesse avec un cynisme accompli, l’émergence de la culture productrice d’un sens digne d’être vécu.

Merci donc, à Philippe Nicolas, pour cette recherche fort bien écrite, rigoureuse, très informée, et qui porte, en son sein, une mine de réflexions pour l’avenir de l’éducation.

Philippe Nicolas a obtenu le grade de docteur en sciences de l’éducation, avec la mention "très honorable, avec les félicitations du jury à l’unanimité" à l’issue de la délibération du jury.

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