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L’enseignement en tant qu’art dans le curriculum Waldorf

A propos de la thèse en Sciences de l’éducation de Madame Yolanda Ramirez sur la pédagogie des écoles Steiner-Waldorf

lundi 4 décembre 2006, par René Barbier

Thèse de doctorat en Sciences de l’éducation soutenue le 12 décembre 2006, à 12 heures précises - Université de Paris 8
Sciences de l’éducation, salle B 106 (voir panneau en A 431)

Présentation :

Madame Yolanda RAMIREZ soutient aujourd’hui devant vous, une thèse de doctorat sur "L’enseignement en tant qu’art dans le curriculum Waldorf" dont j’ai eu l’honneur d’être le directeur.

Le jury est composé des professeurs Jacques Ardoino (université Paris 8), René Barbier (université Paris 8), Rémi Hess (université Paris 8), Paul Taylor (université de Rennes II) et Christoph Wulf (université libre de Berlin).

Le document présenté comprend deux volumes.

Le premier, le corps principal de la thèse, de 417 pages, dont 11 pages de bibliographie en français et en espagnol, 51 pages en quatre annexes, dont une d’iconographies, et trois pages d’index "auteurs"
Le second volume condense les données de terrain (entretiens et observations de classe) et comprend plus de 650 pages

Madame Yolanda RAMIREZ enseigne à l’université de Caracas, en sciences de l’éducation, et c’est du Venezuela qu’elle a, en grande partie, écrit son doctorat. Nous avons correspondu par courriels essentiellement. Mais Madame Yolanda RAMIREZ est venue faire ses études en France dès le DEA et j’ai pu, ainsi, la connaître assez bien, avant qu’elle ne parte, d’abord en Suisse et en Espagne, après avoir déjà commencé sa recherche dans une écoles française pratiquant la pédagogie Waldorf.

Je dois dire que je suis très heureux de cette soutenance par ce que le travail de recherche effectuée ici est remarquable, tant par les qualités méthodologiques, quasiment ethnographiques, mises en oeuvre, que par celles de la rédaction finale, au style extrêmement châtié, notamment pour une étudiante de langue espagnole.

J’ai rarement eu, dans ma carrière de professeur qui s’achève cette année 2007, un travail de recherche doctorale d’une aussi haute tenue. Madame Yolanda RAMIREZ est, sans conteste, une chercheuse exigeante, terriblement minutieuse. Je dis "terriblement" parce que je dois dire que cette exigence est venue beaucoup plus d’elle que de moi.

J’avais pu me rendre compte de son exigence déjà dans son DEA dans lequel Madame Yolanda RAMIREZ avait commencé à aborder très sérieusement son sujet.
Je m’étais aperçu de son extrême gentillesse, de son souci de respecter son interlocuteur et de maintenir le maximum d’objectivité dans une recherche qu’elle voulait avant tout qualitative, voire existentielle.

Madame Yolanda RAMIREZ a participé à toutes nos activités de laboratoire pendant son séjour en France. Elle a été un membre dynamique et n’a pas hésité à aller participer à des séminaires d’implication que j’ai donné, notamment sur Krishnamurti comme éducateur.

Elle nous propose de réfléchir avec elle sur "le maître-artiste" par le biais d’une pédagogie dont le grand éducateur Rudolf Steiner a été le théoricien. Elle va nous donner les moyens, véritablement, de voir, comme si nous y étions, le déroulement de classe Waldorf, au jour le jour, dans ses moindres activités. Son second volume est, à cet égard, un document rare en recherche éducative. Il s’agit bien d’un décryptage pointu de "ce qui se passe" dans la classe Waldorf, de l’activité des élèves, de l’influence du maître, de l’interaction maître-élèves.

Dans son premier volume, qui comprend l’essentiel de son argumentation de recherche, Madame Yolanda RAMIREZ procède de manière ordonnée, très universitaire. Après une introduction, elle ouvre son chapitre 1 sur l’exposé de sa problématique. On sent bien dans cette partie que Madame Yolanda RAMIREZ appartient au continent américain par sa centration sur le curriculum. Elle va approfondir, par son exposé largement philosophique en remontant à Platon, les idées de Beau, d’esthétique, d’art, de contenu et de forme, d’expression et de sentiment, d’autonomie. En effet, il s’agit d’emblée de dégager les principales significations légitimes autour de l’expression artistique qui va être le point focal d’une volonté d’animer par cette expression singulière et sentie, l’essentiel de la pédagogie Waldorf. quelles que soient les disciplines académiques concernées.

Le maître d’école peut-il enseigner comme un artiste, sans renier sa spécificité de faire passer un savoir ? C’est là toute la question et le pari de l’éducation selon Rudolph Steiner. Certes, chez lui, il ne s’agit pas d’une instrumentation de l’art, mais d’une compréhension de la personne humaine de l’enfant et de l’adolescent dans le déroulement de leurs différentes étapes de développement à la fois intellectuel, corporel, imaginatif et spirituel.

Rudolf Steiner est un éducateur, mais c’est aussi un philosophe, un penseur spirituel, un créateur holistique dans des domaines aussi variées que l’agriculture ou la médecine. Son oeuvre est immense et loin encore d’être explorée complètement. Son sens éducatif et sa pédagogie inspirent des centaines d’écoles à travers le monde. Tout montre, que loin d’être sectaire, la pédagogie steinerienne vise à l"autonomie et au développement harmonieux de l’élève.

Le deuxième chapitre aborde les questions de méthodes dans le travail de terrain, centré sur l’observation et l’implication du chercheur et s’appuie sur des théories attachées à l’ethnographie de l’école (Peter Woods).

La pédagogie Waldorf est bien présentée dans tous ses fondements. Certes tout n’a pas été observé. Il fallait faire une choix. L’eurythmie est restée un peu en plan, comme les activités de jardinage ou de tissage. C’est le cours principal qui a fait l’objet de l’observation essentielle.

Les chapitres suivants proposent une interprétation des informations retenues du terrain. Le Plan d’étude qui organise l’instruction est précisé. Dans la salle de classe la chercheuse observe très minutieusement les processus qu’elle nomme "instructionnels", notamment le matin. Ensuite l’organisation de la classe est resituée dans celle plus large de l’école comme totalité englobante dynamique et vivante.

Le maître, en tant qu’artiste, est ensuite distingué, dans ses divers situations d’enseignement et dans ses qualités d’écoute spécifique. Puis ses activités multiples de pédagogues sont analysées : conteur, directeur de rythmes, de musique, metteur en scène de théâtre, plasticiens, poète, etc., le curriculum Waldorf suppose un maître plurivalent.

L’étude se limite au sept premières classes compte tenu du temps de recherche limité de madame Yolanda RAMIREZ. Une autre limite, plus difficile à assumer, à été la méconnaissance de la langue allemande de la doctorante. Mais Madame Yolanda RAMIREZ énonce toutes ces lacunes elle-même et relativise ainsi l’ampleur de son travail avec une tranquille modestie.

Une chose m’a retenue, en particulier, dans la thèse de Madame Yolanda RAMIREZ, c’est qu’elle m’a permis de comprendre que la pédagogie, dès qu’elle est vraiment un expérience personnelle, devient alors une voie spirituelle.

Je savais que la philosophie pouvait l’être, tout comme l’art et la poésie. Parfois la science également, quant elle fait preuve d’un réel désintéressement, voire la pratique sportive des arts martiaux. Mais la pratique pédagogique me semblait plus du domaine technique, au sens faible du terme, que de la possibilité d’aller vers une véritable connaissance de soi dans le monde.

Madame Yolanda RAMIREZ m’offre la possibilité de penser autrement et je l’a remercie vivement pour cela.
En effet, la pédagogie comme la conçoit Rudolf Steiner, s’ouvre sur une transformation intérieure du sujet apprenant comme de l’enseignant.

D’abord parce qu’il s’agit d’une pratique concrète de l’échange symbolique : donner - recevoir - rendre. Dans son exemple de l’arbre, Madame Yolanda RAMIREZ nous en donne un exemple éclatant (p.226). L’enseignant s’investit totalement dans son rapport à l’arbre et à son contexte naturel. Non seulement, il donne une description, mais il le dessine, il le peint, il en fait des photos. Il s’intéresse en détail au terrain où l’arbre a poussé et à la nature environnante. Il fait une recherche en botanique, il apprend tout ce qu’il peut sur la vie de l’arbre et sur son habitat dans la forêt. Il n’oublie pas d’aller voir du côté des mythes, des légendes concernant l’arbre et de se renseigner auprès de toutes les personnes du lieu qui connaissent cet environnement. Il apprend à reconnaître les changements de l’arbre, les manifestations de sa beauté ou de sa décadence. Il se rappellera de cet arbre dans d’autres circonstances et effectuera des analogies fructueuses dès qu’il le pourra. Il mobilisera tout son savoir vécu lors de ses inventions pédagogiques pour retracer la vie de cet arbre.

Ainsi l’enseignant reçoit de la nature, l’accueille, la comprend et la redonne à son élève.

Sans cesse Madame Yolanda RAMIREZ nous fait comprendre que l’enseignant doit passer par une véritable philosophie de l’expérience avant d’aborder le savoir (p.233) et de mettre en oeuvre une véritable évaluation (p.241, 243)

Sa philosophie de l’expérience est celle des penseurs grecs, du Cosmos et de son harmonie. Sur ce point Rudolf Steiner, tout en suivant une pensée goethéenne, reste profondément marquée par la vision cosmique de la Grèce antique.

Mais c’est surtout sur le plan de la transformation intérieure de l’enseignant que la pédagogie Waldorf du "maître-artiste" me semble une voie spirituelle.
Cette pédagogie conduit l’enseignant à développer des capacités et des compétences multiples, éclairant, par là même, des pans entiers de son être au monde.

- au niveau de l’expression graphique : dessins, graphismes divers, utilisation de craies de couleurs, sens du beau etc. (p.236, 239)

- au niveau de l’expression mythopoétique du Dire et de l’invention en tant que conteur (p.235, 237, 308, 313, 319, 334)

- au niveau de l’expression corporelle par l’eurythmie (p.271), avec le sens du rythme approfondi (p.273, 277)

- au niveau de l’expression musicale (p. 282), en liaison avec le rythme (p.288)

- au niveau de l’expression théâtrale (p.294, 300), avec la découverte de l’écriture théâtrale (p.302)

Sans compter tout ce que le maître va découvrir également dans ses contacts avec les ateliers terre, bois, tricots ou métaux.

Mais plus encore, on voit bien dans la recherche de Madame Yolanda RAMIREZ que le maître développe également de véritables facultés psychosociales de gestion des groupes dans un sens de citoyenneté responsable (p.301), comme de la psychologie de l’enfant (p.313) dans une visée de reconnaissance de l’autonomie (p.320).

On comprend aisément que toutes ces qualités sont également suscitées chez les élèves. Une synergie s’opère ainsi entre le maître et l’élève. C’est cette synergie qui fonde l’autorité du maître dans la pédagogie Waldorf, par un processus proprement mimétique. (p.281, 331).

Ce qui m’apparaît en clair dans cette pédagogie dégagée par Madame Yolanda RAMIREZ, c’est une dialogique permanente entre la singularité de la personne de l’élève et la totalité de son insertion dans les éléments complexes du rapport au savoir.(p.275, 285)


Voir l’intégralité de la thèse en ligne de Madame Yolanda Ramirez sur "l’enseignement en tant qu’art dans le curriculum Waldorf" (en ligne, format pdf) http://www.steiner-waldorf.org/actualite/enseignement-art.pdf

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