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Qu’est-ce que la recherche-action existentielle ?

Compte-rendu d’un ouvrage de René Barbier

samedi 29 mai 2010, par René Barbier

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Depuis plus de quarante ans, je pratique et je théorise la recherche-action. Mon implication épistémologique dans cette voie de recherche en sciences sociales m’a conduit à passer par trois phases : la recherche-action institutionnelle jusqu’aux années quatre-vingt dix, la recherche-action existentielle, (voir le texte de synthèse) entre ces années 90 et les premières années du XXIe siécle, Enfin depuis cette époque un approfondissement vers une théorie de la recherche-action transpersonnelle qui ne méconnaît pas la question du vivre-ensemble dans l’optique d’une spiritualité laïque, c’est-à-dire sans garants métasociaux, sans "dieux", a priori, mais susceptible d’accueillir la relation d’inconnu et le mystère d’exister à la fois sur le plan personnel et sur le plan collectif, proche de "l’évangile de la perdition" d’Edgar Morin. L’internaute trouvera ci-dessous un compte-rendu de l’une de mes étudiantes, Béatrice Gabriot, lorsque j’étais encore en poste à l’université, à propos de mon livre de synthèse sur la recherche-action publié chez Anthropos en 1996. Ce livre s’inscrit dans une théorie englobante d’ "approche transversale" qui a donné lieu à mon ouvrage-clé "l’approche transversale, l’écoute sensible en sciences humaines", (Anthropos, 1997).RB, 29 mai 2010

Compte-rendu du livre

LA RECHERCHE-ACTION

de RENE BARBIER
(Collection Anthropos, 1996)
par BEATRICE GABRIOT (étudiante en Sciences de l’éducation, année 1999-2000), U.E. " Ecoute sensible en éducation et recherche-action existentielle sur la grande pauvreté " (voir aussi le texte de Geneviève Tardieu, l’une de mes doctorantes, militante active de ATD-Quart-Monde

SOMMAIRE :

. Introduction
.. un peu d’histoire : de l’école de Chicago à la recherche-action existentielle
… un long chemin : questionnement épistémologique des sciences humaines par
la recherche-action existentielle
…. Qu’est-ce qu’un être humain ? propositions pour une nouvelle approche
….. Les Notions-Carrefours en recherche-action
…… les Methodes en recherche-action
……. Conclusion personnelle

INTRODUCTION

En 1986, au cours d’un colloque de l’Institut National de la Recherche Pédagogique, des chercheurs ont donné de la recherche-action la définition suivante :

" Il s’agit de recherches dans lesquelles il y a une recherche délibérée de transformation de la réalité ; recherches ayant un double objectif : transformer la réalité et produire des connaissances concernant ces transformations ".

Deux conceptions de la recherche action sont en présence :

-  l’une voit en la recherche-action une méthodologie nouvelle, simple prolongement de la recherche traditionnelle en sciences sociales.

-  l’autre pressent en la recherche-action " une révolution épistémologique largement encore à explorer ".

C’est cette seconde conception qui sera développée par l’auteur de cet ouvrage. Cette conception postule :

-  la nécessité d’un nouveau rapport entre le chercheur et l’objet de la recherche
-  un déplacement du champ de la recherche.

Un nouveau rapport entre le chercheur et l’objet de la recherche.

En sciences sociales, l’objet de la recherche étant l’homme et son système de relations, le chercheur en recherche-action devra transformer " l’objet " en " sujet ", l’homme, sujet de son histoire, doit être l’auteur de l’étude qui le concerne au premier chef !
Cette démarche demande au chercheur une importante implication personnelle, le travail d’études entre " co-chercheurs " réclamant reconnaissance, écoute et attention mutuelles.

Cette implication du chercheur doit s’inscrire dans un contexte démocratique :
" la recherche-action est éminemment pédagogique et politique. Elle sert l’éducation de l’homme citoyen soucieux d’organiser l’existence collective de la cité " (p8). Ce que René Barbier appelle une " nouvelle inscription du chercheur dans la société " (p7).

un déplacement ou plutôt en élargissement du champ de la recherche.

Dans une recherche-action existentielle, l’homme n’est plus un simple objet de connaissances étudié successivement par un certain nombre de disciplines codifiées : sociologie, psychologie, ethnologie, anthropologie…

Non seulement la recherche-action existentielle fait de l’homme le sujet de son étude, mais elle affirme que cette étude doit être en résonance avec la complexité de sa nature ; toute approche monodisciplinaire est obligatoirement réductrice, cette approche doit donc être le fruit conjugué de diverses disciplines traditionnelles, René Barbier militant pour qu’elle soit enrichie des apports de la philosophie, et surtout d’une dimension spirituelle et " mytho-poètique ".

A la complexité de l’être humain doit correspondre une approche transversale, multidisciplinaire, multiréférentielle.
La compétence du chercheur doit être plurielle, l’être humain devant être saisi dans toutes ses dimensions psychologiques, sociologiques, politiques, historiques, philosophiques, René Barbier faisant pensée " galiléenne ", des liens reconnus ou encore à connaître de l’homme avec le cosmos, les autres hommes et systèmes de pensée, de ses interrogations métaphysiques, de sa conception d’homme face à sa " finitude ".

Le chercheur en recherche-action doit " s’autoriser " (selon l’acceptation d’Ardoino) à être un chercheur impliqué, avec d’autres, dans une aventure humaine " où se jouent conflits et imprévus " d’une part, d’autre part à accepter le caractère inachevé de ses recherches.

Les sciences dites " dures " butent sur un certain nombre de questions et se ré-interrogent, les sciences humaines doivent faire de même : René Barbier les appelle à intégrer dans leur approche de l’homme la sensibilité.

René Barbier fait référence à un certain nombre d’auteurs et d’écoles de pensée dont la démarche intègre progressivement des réflexions sur la dimension spirituelle de l’homme, ses relations au sacré, sur l’importance de l’étude de la quotidienneté de la vie humaine, des rapports intimes qu’entretient chaque homme, chaque groupe d’homme, avec la vie, avec la mort.

La recherche-action existentielle devient alors, bien loin d’une méthode, une " ouverture polyphonique " (p11) à toutes les dimensions d’un être humain en acte.

Un peu d’histoire

DE LA PERIODE AMERICAINE D’EMERGENCE ET DE CONSOLIDATION A LA PERIODE PLUS EUROPEENNE DE RADICALISATION POLITIQUE ET EXISTENTIELLE.

Les Etats unis du milieu du XX° siècle doivent faire face à un nombre important et grandissant de problèmes : relations sociales bouleversées par l’industrialisation massive, paupérisation d’une partie de la population, ghettoïsation, immigration et migrations intérieures, problèmes raciaux, problèmes inhérents à la situation de guerre, …

L’ Ecole de Chicago va inaugurer une " voie de recherche originale et implicationnelle " (La recherche-action – p14) qui, pour tenter de résoudre un certain nombre de ces problèmes, va demander aux sociologues de s’appuyer sur les leaders des communautés concernées (population des quartiers pauvres, membres des minorités ethniques, des groupes professionnels) aux fins d’élaborer ensemble des connaissances qui, venant du " terrain ", seront retournées au " terrain " avec des propositions de solutions pour des changements possibles ; cette démarche fait ainsi des sociologues et des membres des communautés des " co-chercheurs " producteurs de connaissances nouvelles, des " co-acteurs "dans différents domaines.

Ce sera la périodes des " Chicago Area Projects " qui font participer les gens du quartier à la réalisation du programme d’aide sociale les concernant.
Une des déviations du système sera que la formation qualifiante donnée aux leaders concernés en fera des " social workers " de plus en plus détachés de leur communauté d’origine.

L’Ecole de Chicago inventera les " life stories ", histoires de vie qui s’opposeront, en particulier en Europe, au règne des enquêtes statistiques et questionnaires divers marquant la sociologie de type durkheimien. Les histoires de vie, privilégiant le qualitatif sur la quantitatif, essayant de saisir au vif la vraie vie des gens, participeront à changer le visage de la sociologie.

Si l’Ecole de Chicago est emblématique des débuts de la " recherche-action " aux Etats-Unis, elle sera relayée par les universités de New -York et de Philadelphie, par des sociologues comme Oscar Lewis et évidemment Kurt Lewin.

Kurt Lewin va développer l’Action-Research à partir de la même volonté de résoudre un certain nombre de problèmes de la société américaine : antisémitisme, rythme de travail dans les usines, pénurie alimentaire durant la seconde guerre mondiale ; ses recherches-actions s’appuient sur les même méthodes que celles de l’Ecole de Chicago : " prendre appui sur l’action des groupes et la nécessité de faire participer les gens à leur propre changement d’attitude ou de comportement dans un système interactif "(p16).

Kurt Lewin dans un même temps définit et marque les limites de la recherche-action : " quand nous parlons de recherches, nous sous-entendons " Action-Research "c’est-à-dire une action à un niveau réaliste toujours suivie par une réflexion autocritique objective et une évaluation des résultats. Puisque notre but est d’apprendre vite, nous n’aurons jamais peur de faire face à nos insuffisances. Nous ne voulons pas d’action sans recherches, ni de recherches sans action. " (cité par Marrow –1972 – p16).

Lewin meurt en 1947, la recherche-action continue d’évoluer, on dénombre bientôt quatre types de recherche- action : le pôle " action " prend progressivement le pas sur le pôle " recherche "

(peux-t-on dire qu’il y a là une spécificité américaine, telle que Geneviève Paicheler tente de la définir dans " l’invention de la psychologie moderne " publiée en 1992 chez l’Harmattan : G. Paicheler explique que la vision de l’homme aux Etats unis de la première moitié du XX° siècle est essentiellement liée à une vision de la société, société américaine en marche : sans complexe vis à vis de la philosophie –contrairement à l’Europe- la psychologie et ses applications sont impliquées dans l’idéologie dominante, et " l’utilité " serait un maître-mot de l’Université américaine. Peux-t-on soutenir qu’il en va de même pour la sociologie ?)

Jacques Ardoino –en 1989- remet en perspectives l’évolution de la recherche-action ; il distingue quatre tendances :

-  une perspective axiologique : travaille sur les dysfonctionnement sociaux – privilégie les formes de gestion démocratiques (à rapprocher des la " recherche-action en participation ?)
-  une perspective praxéologique : aide à l’action et à la décision (à rapprocher de la " recherche-action de diagnostic ?)
-  une perspective méthodologique : se rapproche davantage du pôle recherche (à rapprocher de la " recherche-action expérimentale " et de la " recherche-action empirique ")
-  une perspective épistémologique : amorcée avec Kurt Lewin, cette perspective ouvre la voie aux recherches-actions radicales et politiques de la seconde phase du développement des recherches-actions, par un élargissement du champ de la recherche et par une ébauche de bouleversement de l’approche scientifique de cette recherche : approche " galiléenne ", globale et en interaction.

Cette tendance radicale s’accentue à partir des années soixante : au Canada, en Angleterre, en France.
Cette radicalisation se définit comme un " changement qui résulte d’une transformation de l’attitude philosophique du chercheur concerné à l’égard de son propre rapport au monde " (p18).
Pour René Barbier, cette transformation radicale de la recherche-action doit amener celle-ci vers une forme " transpersonnelle, éminemment personnelle et communautaire, réunissant les trois pôles intégrés de l’être humain (corps, âme et esprit, l’imaginaire pulsionnel, l’imaginaire social, l’imaginaire sacral) dans les prochaines dizaines d’années. " (p18).

Cette option en recherche-action ne doit pas être prise à la légère, met en garde R. Barbier, car les risques institutionnels et personnels sont loin d’être négligeables : sauf à se servir de la recherche action comme d’un nouveau gadget méthodologique, il faut considérer que d’une part, la " Cité Savante " n’a pas encore intégré la recherche-action, d’autre part, que celle-ci est une aventure humaine dont, comme d’autres aventures humaines, on ne saurait sortir indemne

La recherche-action ré-interroge les sciences humaines : la nouvelle recherche-action et son questionnement épistémologique : un long chemin.

Déjà, en 1955, Fred H. Blum écrivait : " la recherche-action est la révolte contre la séparation ’’des faits’’ et des ’’valeurs’’ qui donne sa saveur particulière à la notion d’objectivité dans les sciences sociales. C’est une protestation contre la séparation de la ’’pensée’’ et de ’’l’action’’ … c’est une tentative désespérée de transcender la stérile spécialisation des sciences sociales avec sa répudiation implicite de la responsabilité humaine pour les événements sociaux " (Dubost, 1987, cit p 23)

En quoi la recherche-action questionne-t-elle les sciences humaines ?

Beaucoup ne voient en la reche-action qu’une nouvelle méthodologie, qui ne remet en cause en rien " l’ordre dominant de la scientificité ". De nombreuses recherches-actions sont des actes dûment codifiés de recherche dans lesquels l’objet de la recherche reste bien un objet, assujetti, sans jamais devenir sujet, co-acteur, co-chercheur, ce qui est demandé depuis l’Ecole de Chicago ; exemple : les recherches conduites par Michelle Lessard-Hebert en milieu éducatif.)

René Barbier fait un " tour d’horizon " des différents types de recherche -action actuelles :

-  les recherches-actions d’inspiration lewinienne ou post- lewinienne : oeuvrant sur un terrain réel, impliquant les acteurs de ce même terrain, le chercheur à l’initiative de la recherche est confronté à un problème concret dans lequel il doit s’impliquer pour avancer.

-  la consultation-recherche d’inspiration analytique ou socio-analytique : le chercheur
agit comme thérapeute, à la demande des acteurs. Le changement attendu est d’ordre socio-thérapeutique.

-  L’action-recherche : destinée à favoriser des recherches en vue de changements volontaires décidés par le chercheur ; ces changements ont été au préalable formulés par le groupe des acteurs au terme d’une recherche menés sur eux-mêmes ; il y a recherche et co-action.

-  l’expérimentation sociale, que R. Barbier appelle " expérientialités sociales " : formes de
recherches en actes, " expériences de vie qui engagent l’être et son devenir " (Levy – 1985 cit p27), elles mettent à l’épreuve des idées ou des utopies, les soumettent à la réflexion et à l’analyse.
R. Barbier reprend à son compte l’analyse qu’en tire Levy et qu’il trouve pertinente pour la définition de la recherche-action :
-  l’implication des sujets (chercheurs et acteurs)
-  le fait que le rapport au savoir est davantage lié à la démarche qu’au résultat
-  la conception des processus de changement vus comme liens entre le processus d’élaboration théorique et l’élaboration de nouvelles pratiques collectives.

Dans la recherche-action, le nœud du problème se situe dans la question du changement.

C’est sous cet angle que R. Barbier va ensuite étudier
-  les rapports entre la psychologie expérimentale et le changement social
-  les rapports entre la nouvelle recherche-action et la sociologie positiviste.

En ce qui concerne la psychologie expérimentale, R. Barbier constate que celle-ci
-  ne porte son attention qu’à des faits isolés non coordonnés à d’autres dimensions
-  que les dispositifs expérimentaux sont, faits, conduites, pratiques, créés de toute pièce : les protocoles sont restrictifs dans leur mise en place et donc induisent des interprétations restrictives des phénomènes qu’ils génèrent.
-  Que le changement n’est pas le but de la psychologie expérimentale et que celle-ci en porte la trace sémantique.

R. Barbier affirme que les êtres humains sont en permanente transformation : " un état de non-changement n’est pas de l’ordre du vivant. Toute problématique scientifique qui, dès lors qu’elle ne le prend pas en compte, ne peut étudier le vivant dans sa complexité. Le changement, c’est-à-dire le vivant, implique l’existence de conflits ouverts entre des instances internes et externes au sein des individus et des groupes " (p31). Il rappelle qu’André Lévy, dès 1973, avait définit le changement comme " l’émergence et la prise en compte d’éléments de significations véritablement nouveau par un individu ou par un groupe. Quelque chose, quelque sens qui est radicalement nouveau et qui non seulement émerge dans l’expérience du sujet, mais qui est également pris en compte par lui et transforme ses perspectives, ses façons d’être et de penser, ses relations, sa structure. "

Si la psychologie expérimentale ne peut qu’échouer devant cette prise en compte globale d’un sujet, le psychosociologue semble plus proche de la recherche-action. Celui-ci " se refuse à disjoindre l’individuel et le social sur le plan comme sur le plan théorique et, …il accepte d’avènement du non-sens dans le cours de son action, le psychosociologue est amené à postuler des liens étroits entre la recherche et l’action, le chercheur et l’acteur, la théorie et la pratique, le singulier et le général ".(p31-32)

En ce qui concerne la critique de la sociologie positiviste, R. Barbier lui reproche sa tendance à rester enfermée dans une logique cartésienne.
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Au Canada, en Suisse, En Belgique, des chercheurs demandent un réexamen des conceptions et méthodes et traditionnelles en recherche sociologique ; ils demandent à celle-ci de tenir compte du milieu qu’elle étudie, de valider les résultats en fonction du service rendu à la communauté impliquée dans la recherche, de ne pas faire uniquement référence à la communauté scientifique quant à cette validation.
Dans un même temps, Susman et Evered comparent les sciences positives et la recherche-action ; en au moins dix points de comparaison, ils opposent les premières à la seconde, posant les bases théoriques d’une recherche-action amorce d’une discipline nouvelle en sciences humaines.

Nelly Stromquist, en 1986, oppose la recherche-action à la sociologie classique, en une analyse en 4 points :
-  hypothèses relatives à la science, à la connaissance et au changement : la recherche-action doit servir d’instrument de changement social.
-  Processus de recherche : la formulation des problèmes doit naître d’un groupe précis dans un contexte en crise et non crée par le chercheur – la collecte des données : les questions doivent être celles de la communauté toute entière et non d’un échantillon représentatif. – l’évaluation et l’analyse des données doivent être faites jour après jour avec la communauté, leur interprétation est le produit d’une discussion de groupe, ce qui implique un langage accessible à tous et la nécessité du feed-back.
-  Méthodologie : la recherche-action utilise les instruments courants de la recherche en sciences sociales, mais la dynamique sociale créé par la recherche même exige qu’elle en adopte ou en invente de nouveaux.
-  Le rôle du sociologue : il devient un médiateur du processus de recherche ; il est l’animateur du groupe et propose des pistes en termes de discussion et d’action ; il est parfois appelé à jouer un rôle d’interface avec les dirigeants ou décideurs potentiels. Son rôle devient plus politique.

Cette conception d’une nouvelle recherche, politiquement impliquée, faisant appel à des méthodes innovantes, agent du changement social, renforce l’idée que la recherche-action est bien une voie nouvelle, en sciences sociales, en sciences humaines.

R. Barbier souligne, que si les anglo-saxons semblent s’être appropriés la paternité de cette nouvelle pensée, lui-même, dans les années 70, introduisait la notion de praxis dans sa recherche-action institutionnelle ; il l’articulait avec les notions d’habitus, de transversalité, d’analyseur :
" dans un paragraphe consacré à l’implication historico-existentielle du chercheur, j’associais la praxis, définie comme un processus de transformation du monde par l’homme engagé… "(p39).
-  la recherche-action devient ainsi une science de la praxis
-  elle est " émancipatoire " à l’égard des champs disciplinaires consacrés par la Cité savante et ses " diktats bureaucratiques ".

René Barbier reprend à son compte les sept aspects qui caractérisent la " recherche participante " :
-  le problème naît dans la communauté qui le définit, l’analyse et le résout.
-  Le but ultime de la recherche est la transformation de la réalité sociale dont les bénéficiaires sont les membres de la communauté
-  La recherche exige la participation effective de la communauté
-  Le processus de la recherche peut avoir un effet de prise de conscience chez les participants de leurs propres ressources
-  La recherche participante se veut plus scientifique que la recherche classique : la participation de la communauté augmente la finesse possible de l’analyse et garantit l’authenticité de la réalité sociale
-  La recherche implique des groupes de personnes éloignés du pouvoir : pauvres, marginaux…
-  Le chercheur s’engage.

René Barbier considère comme pertinentes ces dimensions de la nouvelle recherche-action mais regrette qu’ " elle laisse de côté des dimensions du devenir de l’être humain que je considère comme fondamentales bien que peu explorées. En tenir compte nous ouvre sur la recherche-action existentielle, personnelle et communautaire, voire transpersonnelle lorsque la recherche se fait plus intérieure tout en demeurant collective… la question reste donc posée : mais qu’est-ce qu’un être humain ? " (p41).

LA RECHERCHE – ACTION EXISTENTIELLE , INTEGRALE, PERSONNELLE ET COMMUNAUTAIRE.

Qu’est-ce qu’un être humain ?
R. Barbier invite la recherche-action radicalisée, enrichie d’une dimension philosophique, à se saisir du questionnement.
Il pense que la recherche-action existentielle (RAE), sous des appellations diverses, va se développer dans les années à venir, sous la pression de l’importance des problèmes fondamentaux qui commencent à se poser à nos contemporains : les progrès de la biologie, de la génétique, les interrogations nombreuses montant des malades et les mourants vers le corps médical et la société, les problématiques générées par le SIDA, ont bouleversé la relation à la Vie, à la Mort, de toute une génération ; cette génération se tourne vers les chercheurs – toutes disciplines confondues- avec une exigence nouvelle : le droit à la parole, le droit de regard et de critique, de participation à la recherche ; les membres de cette génération ne veulent plus être considérés comme des rats de laboratoire ;
(peut-être la recherche-action existentielle voit-elle se jouer là une grande partie de sa légitimation : celle-ci ne viendrait pas de l’approbation de la cité savante, mais de la reconnaissance de son utilité sociale, politique, humaine par ceux qui sont les plus concernés par cette légitimation : les êtres humains ’’lambdas’’ eux-mêmes, êtres souffrants, en quête de sens, voulant participer et à la recherche du sens et à la recherche de solutions à leurs problèmes.)

R Barbier explique mener ses recherches vers des thèmes ancrés dans l’affectivité humaine : naissance, amour et passion, vieillesse, mort, souffrances, vie sociale alternative, interculturalité…
Au fil de l’expérience apparaît l’extrême richesse et l’extrême complexité du Potentiel Humain. La recherche y atteint les limites d’une scientificité " admise " (répondant au cadrage exigé par la cité savante) pour déboucher sur des terrains où chaque chercheur aura à affiner sa démarche propre.
R. Barbier parle de " l’approche transversale " de l’être humain et donne à la RAE une définition (p46) : " un art de rigueur clinique développé collectivement en vue d’une adaptation relative de soi au monde "

- un art : "mettre en œuvre des facultés d’approche de la réalité qui se réfèrent aux domaines de l’intuition, de la création et de l’improvisation, au sens de l’ambivalence et de l’ambiguïté, au rapport à l’inconnu, à la sensibilité, à l’empathie… "
La RAE est une création dans laquelle on ne sait pas ce qu’il va en advenir en fin de compte.

-  de rigueur clinique :
. rigueur des champs conceptuels et théoriques : en connaître les frontières et les zones de mé-
connaissances, de flou, d’incertitudes.
. rigueur du cadre symbolique dans lequel va se situer la RAE
. rigueur de l’évaluation permanente en regards des objectifs du groupe impliqué.
. rigueur de l’implication du chercheur

La rigueur doit aller de pair avec une approche multiréférentielle générale, englobant d’autres aspects que ceux des champs légitimés : questionnement philosophique, poétique, ouverture sur " les sagesses lumineuses et ancestrales de l’humanité " (p48).

-  développé collectivement : le chercheur, totalement impliqué dans l’intégralité de sa vie émotionnelle, sensorielle, imaginative, rationnelle, fait partie du monde et sa recherche ne saurait se mener sans ce monde. Le chercheur agit dans le groupe et est agit par le groupe (chercheur collectif). La recherche est médiation et défi : ces deux aspects ne peuvent concerner qu’une seule personne !
-  en vue de l’adaptation relative se soi au monde : la RAE est une aventure humaine dont le chercheur collectif doit sortir changé ; chacun des membres du chercheur collectif aura alors changé son point de vue sur sa relation au problème posé : lorsque le problème posé au chercheur est d’ordre existentiel, alors s’opère nécessairement une " redistribution " de sa relation au monde.

La recherche action existentielle doit être transdisciplinaire : psychosociologie clinique, anthropologie, analyse institutionnelle, constituent le socle de l’approche ; mais on ne peut en rester là : cette approche s’ouvre vers l’art, la poésie, la philosophie, les dimensions spirituelles, multiculturelles de la vie.
Cette RAE "est peut-être plus à même d’aborder les situations limites de l’existence individuelle et collective " (mort, naissance…)

Ce type de recherche-action se situe, parmi d’autres recherches-actions, du côté de la plus forte implication du chercheur.

René Barbier distingue quatre différentes recherches actions :

-  la recherche- action à dominante psychosociale
-  la recherche-action à dominante expérimentale
-  la recherche-action à dominante existentielle
-  la recherche-action à dominante transpersonnelle : le transpersonnel est décrit comme un niveau d’être qui dépasse l’ego ou le moi individuel ; il s’agit d’atteindre des niveaux de conscience " non ordinaire " et peu de chercheurs s’y risquent, excepté quelques-uns uns en sociologie religieuse.
Les références sont celles du Soi jungien, le Surconscient ou l’Ultrahumain de Teilhard de Chardin, le Surhumain de Sri Aurobindo, la nature de Bouddha. Elles débouchent sur le concept du " nouvel âge " actuellement méprisé car méconnu.

Plus loin que la recherche –action existentielle, la recherche-action intégrale.

René Barbier nous mène à la réflexion d’André Morin sur ce qu’il nomme " la recherche-action intégrale " (RA-I).
André Morin la définit ainsi : " la recherche-action intégrale vise un changement par la transformation réciproque de l’action et du discours, c’est-à-dire d’une action individuelle en une pratique collective efficace et incitatrice, et d’un discours spontané en dialogue éclairé, voire engagé. " (1992- vol 2 –p21 cit p53).

La RA-I est une dialectique entre les faits objectifs et les faits subjectifs, une " interaction entre action et réflexion " (p55). Le chercheur est complètement impliqué, le " contrat " passé avec le groupe respecte les valeurs et idéologies de celui-ci, définit un langage commun de référence, négocie le point d’approfondissement des connaissances pratiques mutuelles.
" la participation du chercheur est un engagement personnel ouvert sur l’activité humaine visant à l’autonomie et dégagée des rapporte de dépendance, où le dialogue prime dans les relations de coopération et de collaboration " (p 55).
La RA-I engage, dans le changement à venir, les valeurs des participants. Le discours, dans la RA-I, permets aux êtres humains d’être auteurs de leur histoire. (" dire, c’est faire " p56).

La RA-I, pour Morin, doit donner lieu à un rapport final faisant l’objet d’une longue analyse ; la forme, le style littéraire de ce rapport sont étudiés en fonction du niveau d’implication de ce type de recherche.


LES NOTIONS-CARREFOURS EN RECHERCHE-ACTION

La complexité :
" pas de recherche-action sans une juste appréciation de la complexité du réel " (p66).
Si la " simplicité " met de l’ordre dans l’Univers, elle ne rend pas compte de la totalité de l’être humain : dynamique, biologique, psychologique, sociale, culturelle, cosmique.

La complexité rend compte de travaux scientifiques qui soutiennent qu’un ordre organisationnel peut naître à partir d’un processus produisant le désordre. Les notions d’ordre et de désordre traversent toutes les disciplines scientifiques : physique, mathématiques, biologie, sciences humaines et provoquent chez beaucoup de chercheurs des réflexions métaphysiques.

La complexité rend compte de d’un être humain, d’un monde, chez qui, où, règne l’incertitude, l’aléa, le non-sens, la contradiction. Mais elle ne vise pas à rendre le réel cohérent, au mépris de la vie en acte.

" celui qui vient au monde pour ne rien troubler, ne mérite ni égard, ni patience (R.Char)
Le chercheur en recherche-action doit donc prendre en compte cette complexité : R. Barbier insiste sur l’apport de l’Ecole de Chicago quant à ce qu’elle a nommé " l’écologie humaine ".
L’écoute sensible :
Il s’agit d’un " écouter-voir " qui s’appuie sur l’empathie.
" le chercheur doit savoir sentir l’univers affectif, imaginaire et cognitif de l’autre pour comprendre de l’intérieur des attitudes, des comportements, le système d’idées, de valeurs, de symboles et de mythes " (p66).
l’écoute sensible reconnaît l’acceptation inconditionnelle de l’autre. Le chercheur ne juge pas, il essaie se comprendre, sans pour autant chercher à adhérer aux opinions émises ou à s’identifier à l’autre. IL est présent, " consistant ", dans la recherche. Il peut ne plus accepter de travailler avec un groupe si certaines conditions heurtent son " noyau central de valeurs ".

A l’image du Dieu de Maître Eckhart, pour qui Dieu n’est Dieu (entre autre) que lorsqu’il y a création (créatures), l’écoute sensible ne saurait exister indépendamment de l’acte de vie qu’elle induit. Etudier ce qui est, reste, lorsque l’écoute sensible de l’homme n’existe pas permet de suggérer ce que peut ou pourrait être cette écoute.

L’écoute sensible reconnaît " la personne dans son être : dans sa qualité d’homme complexe doté d’une liberté et d’une imagination créatrice ", avant même de la situer dans l’environnement social, familial, professionnel, qui peuvent l’avoir figée dans des représentations, des perceptions, des actions données.

L’écoute sensible un travail sur soi-même : se mettre à l’écoute sensible d’autrui suppose qu’on ne projette pas sur lui ses propres angoisses et ses propres désirs.

L’écoute sensible et multiréférentielle n’est pas fixée par l’interprétation des faits : un " écouter/voire " fondé sur l’empathie, essayant de reconnaître la réalité de la personne au-delà de son système de représentations et d’actions imposés par son environnement, se laissant surprendre par l’inconnu et n’imposant pas de modèle de référence, l’écoute sensible est plus un art qu’une science " (p 68).
Jacques Ardoino emploie l’expression " prêter du sens " qui suppose de la part du chercheur de pouvoir mettre à la disposition de la personne son capital de connaissances et de réflexion, si elle le désire. De toute façon, la personne " retraduira " en fonction du contexte ce qui lui est proposé et elle seule possède les clefs du décryptage de cette retraduction.
(d’où le retour à la nécessité d’un travail sur soi-même et de la modestie du chercheur ?)

l’importance donnée à chacun des cinq sens dans l’écoute sensible :
" une personne n’existe que par la mise en acte d’un corps, d’une imagination, d’une raison, d’une affectivité en interaction permanente " (p 69). Entrer dans une relation à la totalité de l’autre implique que l’on n’écarte aucune approche, les cinq sens en font partie.
L’écoute sensible et multiréférentielle est avant tout une présence méditative :
La méditation que R. Barbier " défend " en écoute sensible est une méditation " sans objet ", telle que Jiddu Krishnamurti ou K.G. Durkheim la pratiquait et dont il dit qu’ils " étaient des hommes d’une si fine sensibilité à l’égard d’autrui comme à l’égard du monde " (p70).R. Barbier cite également C.G.. Jung pour aller plus loin dans la faculté de voir mythiquement le monde.

La méditation est un état " d’hypervigilence, de suprême attention, le contraire d’un état de conscience dispersé ". " l’écoute, dans ce cas, est d’une finesse sans pareille. L’écoute est toujours une écoute-action spontanée. Elle agit sans même y penser. " (p 70). R. Barbier critique " l’ingénierie sociale " qui propose sans grande réflexion à des personnes en situation " infrahumaine " des projets qui seront voués à l’échec, tant ils correspondent peu à l’attente de ces personnes

Le chercheur collectif et son écriture :

Le chercheur collectif : le chercheur collectif est un groupe-sujet de recherche constitué par des chercheurs professionnels et de membres à part entière (mais particulièrement impliqués) de la population concernée par l’enquête participante.(p73).

L’apport d’autres chercheurs affine la définition :

-  " c’est un sujet transindividuel qui… introduit des changements au plan de la production de la connaissance et au plan pratique.(M. Bataille –1981. P33. cit p 73).

-  Un tel groupe possède un imaginaire collectif qui constitue la cohésion (illusoire) du groupe et un imaginaire social du moment concernant l’objet de la connaissance (Giust – Desprairies.1989).

Le chercheur collectif doit être constitué avec une grande prudence quant à ses membres ; (trop idéologiques et fermés à l’analyse critique de leur existentialité, ils seraient un frein à la recherche).

Le chercheur collectif est

-  source d’information

-  agent du changement

-  organe de co- formation

-  centre d’élaboration des stratégies d’intervention

-  animateur pédagogique

l’écriture collective :
" il y va de la crédibilité de la recherche-action que l’écriture soit collective " (p74).
Même si le rapport final n’a rien d’académique, ceci est dans la nature de la recherche-action. Le chercheur peut essayer à ce que telle dimension n’écrase pas telle autre (le théorique par rapport à l’affectif ou au témoignage de vie par exemple).

Mais rien n’empêche le chercheur de publier, indépendamment, un article expliquant démarches et résultat à l’intention de la cité savante.

Le changement

La recherche-action a toujours en vue un changement :Kurt Lewin déjà décrivait le processus de ce changement : (unfreezing – moving – freezing).
Alain Touraine met en garde contre la tentation à une " vague idéologie du changement " : celui-ci ne doit pas être une adaptation à un environnement changeant, ce qui reviendrait à une morale du statu quo.
André Levy voit dans l’acte de décision , acte de parole, un moment crucial, expression subjective et engagement public.

La recherche-action existentielle ne " peut faire autrement que de remuer la vase du social " (p75).

La stratégie au service du changement : " la stratégie renvoie au projet visé : c’est-à dire à la question du sens et à son imaginaire radical et créateur " (p77).

Lucien Goldmann affirme que, dans une société, il faut toujours penser au groupe qui possède le plus bas niveau potentiel, avant de rêver à la révolution finale.

La stratégie est un réservoir potentiel d’hypothèses concernant la production de savoirs émergeant de l’action.
Les chercheurs stratèges n’éviteront jamais l’erreur, car à la volonté, consciente ou inconsciente, de rationalité, " s’oppose toujours l’exigence de la totalité en acte " (p77)

Négociation et évaluation

Dans la recherche-action, la négociation est permanente, car le conflit y est permanent ! : conflit créateur nécessaire à la vie. Ce conflit-négociation ne peut se vivre que dans un univers d’évaluation discussions sur les valeurs et le sens.

Pour R. Barbier, la véritable évaluation est toujours " pratico-poetique ", acceptant le flou, l’incertain, l’ambivalence, l’équivocité, notions inhérentes au sens dynamique de la vie.

Le chercheur évaluant l’action est " plus un chef d’orchestre interprétant la symphonie du quotidien que le préposé au métronome ".(p78).

Du processus

R. Barbier oppose processus à procédure ; le premier est ouvert au changement, inscrit dans la durée et l’espace, la seconde contrôle, réglementairement et arbitrairement, et entrave la dynamique du changement.

Le changement dans les structures, au terme du processus, peut être partiel ou total, entrainant alors une mutation de l’ensemble du système dans lequel s’inscrivent les structures.

Les processus et leur logique : ils sont extrêmement diversifiés, paradoxaux et multidisciplinaires. R. Barbier en cite plus d’une dizaine, inspirés par autant de chercheurs et de philosophes .(p80-81).

De l’autorisation

L’autorisation est l’émergence de la capacité à devenir son propre auteur, selon Jacques Ardoino.
R. Barbier élargit cette notion à " l’autorisation noëtique " : devenir " le propre auteur de son développement spirituel au sens large " (p81).
La recherche-action devrait déboucher sur un surcroît de sagesse pour chaque participant.

R. Barbier cite R Robin analysant le mythe de " Jonathan le Goëland " de Richard Bach :

" Devenir auteur de soi-même pour s’approprier son existence par la capacité à se faire confiance, à s’aimer et à aimer, dans la congruence de sa personne globale (sexuelle, affective, sociale et spirituelle). L’être capable d’affronter le réel, la violence symbolique et physique, les déterminismes sociaux et familiaux, indépendant mais relié, autonome et lucide, l’ouverture et l’intelligence de soi-même et des situations. C’est improviser sa vie de moments en moments et dans la permanence de ses valeurs fondamentales. "

(lorsqu’on a lu le livre cité – Jonathan le Goéland – on ne peut que mesurer pourquoi, comme le suggère René Char, beaucoup d’êtres humains préfèrent " ne rien troubler " : le risque est grand à " s’autoriser "…)

LA METHODE EN RECHERCHE-ACTION

Le chercheur en recherche-action est " l’aiguilleur des processus ".
Par les " Notions-Carrefours " a été abordé la méthode en recherche-action. S’il faut parler de méthode, il faut parler de l’esprit en recherche-action : celle-ci est une approche spiralée qui peut utiliser toutes les méthodes. Chaque objet peut être utilisé sous différents angles, c’est la multiréférentialité !

R. Barbier dégage quatre thématiques centrales au sujet des méthodes :

-  le repérage du problème et la contractualisation.

-  La planification et la réalisation en spirale

-  Les techniques de la RA-E

-  La théorisation, l’évaluation et la publication des résultats.

Le repérage des problèmes et la contractualisation

En général, la demande vient d’un groupe aux prises avec un problème donné ; le chercheur revient alors sur le problème énoncé et le contextualise ; il analyse la demande sans oublier de s’entretenir avec les catégories minoritaires. " mais où sont passés les exclus ? "

La contractualisation écrite va préciser les fonctions de chacun, le système de réciprocité, la finalité de l’action, les enjeux financiers, la temporalité, les frontières physiques et symboliques, les zones de transgressions, le code éthique de la recherche.

Le " chercheur collectif " peut alors se constituer ; celui-ci est un groupe-relai par rapport au groupe-cible.

La planification et réalisation en spirale

Le chercheur collectif avance dans l’analyse du problème, produit des hypothèses d’action et élucidation qui sont discutées et mises à l’épreuve auprès du groupe-cible.

Deux temps :

-  le diagnostic : son sens est validé par le chercheur collectif

-  le " référentiel " : fait appel à des références en sciences humaines et sociales. Le danger est alors une " prise de pouvoir savant " par les chercheurs professionnels, d’où la nécessité de s’accorder sur un langage commun accessible à tous ! ceci est indispensable à ce niveau de a recherche.

Les techniques de la recherche-action

Toutes les techniques en sciences sociales peuvent être utilisées, à condition qu’elles soient comprises par tous (pas de prise de pouvoir savant). Le chercheur doit donc proposer des techniques de recherche qui correspondent aux possibilités imaginaires du chercheur collectif et veiller à la pertinence des dispositifs d’enquête.

R. Barbier insiste sur la notion de confiance à installer qui pourra alors " prêter du sens " aux données recueillies. Il cite deux techniques spécifiques à la RA – E-I :

- l ’observation participante à dominante existentielle (OPE) : l’observateur doit se déclarer ouvertement comme tel dès le départ de l’enquête : c’est une question de confiance.

L’OPE est avant tout une rencontre sociale : être accepté par le groupe ou la communauté – employer des techniques de recherche du banal et du quotidien – l’implication quasi-totale du chercheur dans ce type de recherche ne peut se faire qu’avec des chercheurs " au clair " avec eux-mêmes, connaissant leurs limites, et ayant si possible réglé deux problèmes : l’argent (qui paie l’étude ?) et leur statut dans le groupe.

- le journal d’itinérance " instrument d’investigation sur soi-même en rapport au groupe ".

-  itinérance et non trajectoire : le journal d’itinérance emprunte à la fois au journal intime, à l’autobiographie, au carnet de route de l’ethnologue, au journal institutionnel ;

-  Le journal d’itinérance rend compte de l’approche transversale des individus et du chercheur lui-même, y compris dans les voies " non scientifiques " de cette transversalité : inquiétude métaphysique, ouverture mystique.

Le journal d’itinérance se compose en trois phases :

1- un journal " brouillon "

2- un journal " élaboré " : à partir du journal-brouillon, on écrit pour un lecteur potentiel imaginé : élaboration de ce que l’on veut lui dire

3- le journal " commenté " : donné à lire ou exposé, le journal suscite réactions et commentaires, d’après lesquels le chercheur va " recomposer ", après réflexion, un autre journal élaboré…

Un journal d’itinérance peut se socialiser : être celui d’un groupe ou d’un sous-groupe ; il se veut alors le " journal d’intelligence du groupe vers la réalisation de son objectif " (p102).

Théorisation-évaluation-publication

Les chercheurs doivent essayer de modéliser et de généraliser les modélisations des processus ayant trait à la réalisation des objectifs au cours de leurs RA-E. Mais la prudence doit être de mise quant à la théorisation de ces tentatives de modélisation : la RA-E ne peut se fixer une fois pour toutes en une pensée et une méthode.

L’évaluation doit être effectuée par le chercheur collectif, mais le groupe-cible doit avoir le dernier mot : à qui donc profite le changement intervenu ou à intervenir ?

La publication est de l’intérêt pour les chercheurs professionnels (carrières universitaires). La question est : quel est l’intérêt de la publication pour le chercheur collectif, pour le groupe-cible, éventuellement le commanditaire de la recherche.
La recherche-action bousculant souvent l’ordre établi, elle exprime une intelligence des groupes à qui souvent on la dénie.
(la publication n’ est-elle pas affirmer cette " découverte " ?)

CONCLUSION PERSONNELLE

De L’Action-Resarch à la recherche-action transpersonnelle et intégrale, René Barbier nous emmène sur un " long chemin " qu’il n’est pas aisé de parcourir en si peu de mois que dure une " unité d’enseignement " de licence.

De l’Action-Research de l’école de Chicago, puisant dans le pragmatisme américain matière à propositions de voies nouvelles (révolutionnaires ?) dans le domaine des sciences sociales, prônant la participation active des populations aux changements qui les concernent, à l’action-recherche transpersonnelle s’inspirant de pensées aussi diverses que Teilhard de Chardin, J. Krishnamurti ou Sri Aurobindo, opérant ainsi une synthèse entre une certaine pensée occidentale et une philosophie et sagesses orientales, René Barbier demande aux sciences humaines et sociales de s’ouvrir à une approche nouvelle, " sensible " de l’homme dans son environnement, affirmant que les plus déshérités en apparence, " infrahumains ", recèlent un potentiel de connaissances, de savoirs, de pratiques sociales, dont l’ensemble de la société se prive actuellement en leur déniant cette capacité.

Le type de " recherche-action-existentielle " préconisée par René Barbier, réclame, à bien le lire, un type de chercheur nouveau : démocrate (en profondeur… ), désirant .s’impliquer totalement (institutionnellement et personnellement), désireux de " remuer la vase du social " !, s’inspirant de travaux et de réflexions philosophiques poussées, on peut se demander qui se risquera dans l’aventure proposée : il est possible de se trouver en présence de personnes réunissant un certain nombre de ces qualités : ni l’Université, ni le monde associatif, ni le monde politique ou syndical n’en manque, nous en connaissons tous ; mais réunir toutes ces qualités, toutes ces compétences professionnelles et humaines en même temps est toutefois assez rare.

L’aventure est tentante, mais paradoxalement assez réductrice (réaliste ?) : si René Barbier demande au " stratège en blouse blanche… d’accepter de se salir les mains dans la sueur des hommes " (ce que font années après années bien des militants politiques, syndicaux ou associatifs)

Messages

  • Bonjour,

    Le « 1er non » est une réponse à un acteur non pollué, fin du « nature être » par un acteur, un environnement pollué dont il est « victime responsable » « le monde c’est vous vous êtes le monde »

    C’est dans cette rupture que la pensée naît.

    La fracture laisse toujours une cicatrice, pour celui qui a connu le premier « non » inutile de vouloir y échapper il est ce que nous sommes et nous ne savons pas, plus « syndrome de shakyamuni, Adam et Eve » ce que « autre » pourrait être.

    La recherche entraîne la compréhension qui est non conceptualisation mais est-elle l’originelle ?

    La difficulté de l’éveil est son caractère de vague, pensée non pensée, présence ou non de l’otherness.

    L’éveil peut être donc être vu comme un palliatif, une étape.

    Si nous voyons l’éveil comme une étape nous pouvons imaginer que :

    Pour éviter cette rupture et ce va et vient aux génération futures notre génération doit instituer une démarche volontaire pour les générations futures.

    Devenir, redevenir ? le nature être non conceptualisant.

    « Rien n’est grave, mais » :

    Faire ceci ou cela entraînant souffrance ou non n’est de l’ordre que d’une conceptualisation sans fondement sans noumène mais reste le ferment de notre culture.

    La tentative d’auto cicatrisation d’une génération pour une non présence de cette cicatrice pour les générations futures est la question que je vous propose.

    La culture de l’intelligence devient alors la direction d’un état reconnu comme non naturel pis aller d’un amour indifférencié perdu ou non connu.

    Cela devient la recherche, le chemin de notre conscience afin pour les génération futur d’en faire une inconscience naturel, un nouvel « être ».

    Notre démarche n’est plus palliative elle devient constructive.

    Cordialement

  • ANTHROPO ET RECHERCHES

    En ce qui concerne tout OBJET de recherche,il est tres facile,a partir de la position centrale qu’il detient,de le faire graviter autour :
    1)RECHERCHES FONDAMENTALES
    2)RECHERCHES APPLIQUEES
    3)RECHERCHES METHODOLOGIQUES.
    Si des problemes de justifications se posent,de faire appel a differentes ECOLES DE PENSEES lumineuses !!!!

    EUGENE chercheur independant en anthropo

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