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Éduquer à la démocratie est- ce possible ?

mardi 1er août 2017, par René Barbier

Christian Verrier spécialiste de l’autoformation et de l’éducation populaire nous parle de : éduquer à la démocratie est- ce possible ?
L’auteur ouvre un débat collectif très riche après son exposé qui nous permet de mieux cerner le sens démocratique de la vie collective en liaison avec l’éducation et la recherche-action.

On trouve l’intégralité de l’exposé et des débats sous le lien de l’université populaire des Ardennes
http://www.upardennes.fr/eduquer-a-la-democratie-est-ce-possible-avec-christian-verrier/

ÉDUQUER À LA DÉMOCRATIE, EST-CE POSSIBLE ? AVEC CHRISTIAN VERRIER

Publié le 30 juin 2017 par UPA
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Le 15 Juin 2017, Christian Verrier Ex- Maître de conférence et chercheur à l’Université Paris VIII est venu nous parler de l’éducation populaire.

L’ÉDUCATION POPULAIRE : UN NOUVEL IDÉAL
D’abord conducteur de train à la SNCF , Christian Verrier a repris des études à l’âge de 46 ans et s’est très vite intéressé à l’éducation populaire grâce à un mémoire de maîtrise sur l’autodidaxie.

L’éducation Populaire fonctionne à la fois sur des finalités politiques et démocratiques. Elle soulève des questionnements sur la citoyenneté, l’émancipation, la participation.

Issu des sciences de l’éducation Christian Verrier rappelle que ce domaine est jeune et multidisplinaire : Il mêle plusieurs matières comme l’économie, la psychologie, l’histoire, la sociologie ou l’anthropologie…

A cela vient se greffer le concept de multiréférentialité développé par Jacques Ardoino : En plus des disciplines viennent s’ajouter les références qui permettent de donner des précisions. On peut évoquer l’art, le rêve, l’imagination…

L’éducation Populaire ne fonctionne pas sans démocratie. Pour Cornelius Castoriadis la démocratie est liée à l’autonomie, c’est à dire que la société serait capable de s’autogérer en opposition à une société hétéronome ou la notion de dépendance est prépondérante, les citoyens doivent également savoir s’autolimiter, ils doivent s’inventer leurs propres limites et résister à leurs frustrations. Il n y a pas d’autonomie sans autolimitation.

Cornelius Castoriadis aborde aussi la question de l’imaginaire de la manière suivante :

Radical : Celui que l’on possède tous en nous
Groupal : qui se transmet au groupe
Social : qui se transmet à une société
C’est ce même imaginaire une fois transmis qui est un moteur d’action, qui permet de créer des révolutions.

L’imaginaire revêt un caractère essentiel pour l’éducation populaire : il est instituant, il permet de mettre en place des choses, d’aller au devant de ce qui existe déjà, et, une fois institué, il doit appeler l’autocritique : autre élément clé pour permettre un renouvellement.

LE RÔLE DE L’ÉDUCATION POPULAIRE
L’éducation populaire se doit permettre à chacun de devenir chercheur et d’offrir un « Renouveau » démocratique.

Il y a une différence très nette entre l’éducation et l’instruction :

L’instruction repose sur le savoir institué, « le savoir froid », il n y pas d’échange, on transmet juste une connaissance. Or, l’éducation fonctionne de manière bien différente : tout est basé sur la relation, on transmet des valeurs, du savoir, mais ici l’affectivité est centrale, il y a une relation, de l’empathie.

Dans l’éducation, il est important de rappeler que l’on fonctionne toujours à deux, chacune des parties prenantes a une influence sur l’autre.

Il n y a pas d’éducation sans relation contrairement à l’instruction.

L’éducation populaire s’est toujours trouvée à la périphérie bien qu’elle ait un rôle essentiel à jouer : celui de former des intellectuels collectifs, c’est à dire des personnes capables d’observer, de penser et d’interpréter le monde tel qu’il est, on parle dès lors de citoyens selon Bourdieu.

Pour atteindre ce but, il est nécessaire de mettre en place des « Maisons de la recherche » ouvertes à chacun et qui permettraient d’acquérir des méthodes pour apprendre à faire de la recherche.

Elle se baseraient sur les individuels collectifs regroupant une multiplicité de spécificités. Ce qui démocratiserait la recherche et ouvrirait une recherche démocratique.

CINQ EXPÉRIENCES POUR L’ÉDUCATION POPULAIRE :
Après une rencontre avec la ministre de l’enseignement supérieur, un DEUG a été proposé pour les aides éducateurs, ce qui a permis de se rendre compte que l’Université était une institution ou il y avait des possibilités.
Un cours d’accueil a été crée pour les personnes dont le niveau pour l’entrée à l’université était estimé « flanchant » : ils devaient justifier d’un bon niveau de connaissance quelque soit le sujet, il obtenaient tous, à la fin le cours sans note.
Une plateforme de cours à distance fut lancée, elle a permis de proposer une formation à des personnes qui habituellement ne viendraient pas à l’université, cela a généré de nombreux échanges et supprimé des barrières, elle existe toujours aujourd’hui.
Une université Populaire fut incorporée au sein de l’Université Paris IIX, elle avait pour but de former des personnes à la recherche et ce, dès la première année, elles devaient produire un mémoire qui s’articulait autour de trois parties : Une autobiographie s’étalant sur trente ou quarante pages, un objet de recherche, une analyse de la formation. Les mémoires étaient soutenus durant une heure et demie devant un jury. Il existe un article traitant du sujet dans la revue « Le fil rouge ».
Un Laboratoire coopératif a été mis en place : « L’Université Coopérative de Paris ». Cette organisation forme tous les citoyens à la recherche. elle fonctionne sur le principe de la recherche-action. C’est à dire que des citoyens s’emparent d’un problème qui les concerne, travaillent en collaboration sur la longue durée, (généralement six mois) Une fois le groupe constitué, des réunions sont faites, des spécialistes sont appelés pour répondre aux différentes questions, à la suite de ces différentes rencontres un écrit est produit puis éventuellement publié. Il a été observé que dès la fin des ateliers, le regard et la façon de faire des participants a changé. On peut tout à fait prendre l’exemple d’infirmières souhaitant aider les personnes en fin de vie, qui, suite à leur participation aux ateliers ont fait évoluer d’elles mêmes leurs pratiques.
Durant le débat, Christian Verrier a rappelé l’importance de la recherche-action, ainsi que la nécessité de reconsidérer le temps et la manière d’éduquer. Il faut former à savoir observer, cristalliser les initiatives pour pouvoir évoluer.

LA CONFÉRENCE AUDIO

« Christian Verrier (partie 1) »
Lecteur audio
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1. « Christian Verrier (partie 1) »
30:13
2. « Christian Verrier (partie 2) »
29:55
3. « Christian Verrier (partie 3) »
30:01
4. « Christian Verrier (partie 4) »
29:55
5. « Christian Verrier (partie 5) »
25:27

En complément : René Barbier, éléments pour une philosophie du vivre-ensemble
http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1732