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Vers une spiritualité laïque et poétique

vendredi 21 avril 2017, par René Barbier

Enregistrements des exposés et de la discussion UCP 20 avril 2017 18h-20h

Exposé de Rene Barbier (voir en bas de page ) et exposé de Christian Verrier avec discussion du groupe

Exposé de Rene Barbier et exposé de Christian Verrier avec discussion du groupe
https://www.dropbox.com/s/c7gnq9at61v63t8/20%20avril%202017%20ExposeRB181730.m4a?dl=0

https://www.dropbox.com/s/jqpegf6xnoo4zcg/20%20avril%202017exposeCVdiscussion1744.m4a?dl=0

Pour une spiritualité laïque et poétique (université Coopérative de Paris, 20 avril 2017)

Parler aujourd’hui de spiritualité laïque est une gageure. Où l’on tombe dans le bavardage inutile sur une notion qui ne veut rien dire parce que elle est partagée par tous ceux qui ne pensent pas. Soit elle se rigidifie dans un mot drapeau qui masque mal derrière lui la présence d’un dieu absolu et sans discussion.
La spiritualité laïque et malgré tout une notion qui apparaît de plus en plus dans les écrits philosophiques. Il faut donc l’aborder en connaissance de cause.
Je me suis pris au jeu et j’ai essayé de comprendre en quoi cette notion liée à un dépassement individuel pouvait me parler.

Réaliste et philosophe je pars d’un constat inévitable. En tant que phénomènes provisoires et aléatoires sur cette terre, nous allons tous mourir un jour, comme tous ceux qui nous sont proches, toute notre société, toute L’Humanité et même notre terre et notre galaxie qui finira dans un je-ne-sais-quoi cosmique.
La personne qui va jusqu’au bout de cette réflexion est conduit à un abîme sans limite. Le non-sens qui en résulte demande des solutions qui fourmillent d’imaginaire.
Le premier est celui des religions instituées, d’un sacré habituel, qui nous insère dans ce que nous avons toujours su par notre famille, notre société, notre culture sans jamais le remettre en question.
Le second qui s’appuie sur un sacré radical, toujours présent dans le fond de la psyché, nous invite à construire un imaginaire propre à chacun, pour tenter de nous rassurer sur l’incompréhensible réel dans lequel nous sommes des parties intégrantes.
C’est que nous sommes toujours pris dans la foulée d’un dilemme paradoxal. D’un côté, en tant qu’êtres vivants, nous sommes animés par un dur désir de durer, de persévérer dans notre être comme le pensait Baruch Spinoza. De l’autre nous sommes malgré tout assez lucides pour savoir que nous allons finir inéluctablement à titre individuel, à titre collectif et en tant que éléments du cosmos.
Dans ce dilemme l’imaginaire s’agite et se construit sans cesse.
Toute spiritualité laïque est une croyance est une construction singulière, attachée à la personne liée à son histoire familiale, sociale, intellectuelle, expérientielle sur le plan du suprasensible.
C’est donc de ma croyance dont je vais parler maintenant.
Parmi les innombrables auteurs que j’ai lus, modernes mais aussi anciens, faisant partie de notre culture judéo-chrétienne et issue de la Grèce antique, mais également des penseurs qui ont pu s’exprimer depuis des millénaires en Asie, en Chine en particulier, j’en privilégierai six, d’une façon nécessairement arbitraire. Jiddu Krishnamurti, celui qui m’a fait comprendre l’essentiel d’une vision non-dualiste du monde. Cornelius Castoriadis qui m’a toujours rappelé l’importance de l’histoire, de l’économie, et de leur imaginaires inéluctables dans la construction de l’homme lucide et autonome. Edgar Morin qui nous a ouvert les portes d’une compréhension de la complexité de l’être humain dans son devenir. Michel Onfray et son hédonisme solaire dont l’athéisme radical s’ouvre sur un sens tragique mais énergétique de la puissance d’exister. André Comte-Sponville qui en philosophe exigeant aboutit à un athéisme reconnu qui n’empêche pas cependant une certaine fidélité à la culture et aux valeurs universelles de celle-ci. François Julien enfin qui nous permet de comprendre que notre système de valeurs et notre vision du monde issue des Lumières présentent un non-dit qu’un détour par une pensée chinoise révèle dans leurs profondeurs insoupçonnées.
Presque tous ces auteurs partent d’une expérience de la finitude et de la mort. Soit à la première personne, soit à la deuxième personne soit encore une conscience de la finitude à la troisième personne suivant la classification de Vladimir Jankélévitch.
Peut-être faut-il déterminer trois pensées sur cette question.
La pensée horizontale liée à la temporalité et au devenir dans le champ historique, sociétal et culturel
La pensée verticale liée à l’instant et à la méditation sans objet et sans choix, toute en attention vigilante.
La pensée transversale de l’Exister entre les deux précédentes comme une sorte de voie qui les accomplit dans Katia présence humaine, son action et sa contemplation.
Chez moi les six penseurs précédents m’inclinent à penser que l’Exister humain dégagé du Vivre naturel dans lequel il reste inclus, ouvre un espace de l’Entre, de l’écart, de l’étale et de l’essor, suivant les concepts de François Jullien.
Mais plus encore cette philosophie qui est la mienne me conduit par expérience personnelle vers une attitude et une création poétiques, comme nécessité digne de l’Exister. Une création de rien et pour rien en fin de compte. Un regard lucide sur l’ Œuvre, toute œuvre, qui elle-même finira à la fin des temps. Un regard digne de l’Ecclésiaste mais tracé avec humour et sens de la surprise comme de l’émerveillement.