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Classer la conscience. Une petite réflexion, avec un sourire en coin.

mardi 30 août 2016, par René Barbier

Aujourd’hui je veux réfléchir à un classement en trois catégories représentant à mon avis des états de conscience différents.

C’est à la suite de plus de cinquante ans de lectures et de réflexions sur les sciences contemporaines, notamment les sciences humaines, sur les littératures religieuses et spirituelles, ou encore artistiques et poétiques, que j’établis cette classification. La première est celle que j’appellerai la conscience rationnelle, la deuxième, la conscience mystique, la troisième la conscience du sage.

1. La conscience rationnelle

La conscience rationnelle fonctionne avant tout à la raison. Elle tend à chercher la cause de tout phénomène et à rendre toute perception du monde comme élément d’une rationalité intrinsèque à l’être humain.

Cela ne veut pas dire qu’elle méconnaît des éléments irrationnels. Mais soit elle les laisse de côté, soit le plus souvent elle les réintègre dans une logique qui dépend de la raison.

Ce qui fonde la conscience rationnelle est la recherche de la cohérence liée à différentes logiques déployées. Comme l’être humain est avant tout un être parlant, le Dire de la conscience rationnelle la conduit à une tendance à la clôture comme système fermé. Dans cette conscience la tendance est toujours de se référer à l’absolu, à un transcendant, à un Dieu, fût-il laïcisé à notre époque. On parle volontiers aujourd’hui du "divin marché".

2. La conscience mystique

Alors que la conscience précédente fonctionne presque toujours à la séparation, soit par l’analyse d’une totalité en éléments de plus en plus simples, soit par la synthèse de ces éléments en ensembles plus complexes, la conscience mystique relève beaucoup plus de l’intégration à une totalité considérée comme stable ou dynamique.

Dans le plus haut de la mystique, l’intégration peut être considérée comme une fusion avec le tout. La fusion est alors la dynamique psychique de la conscience mystique.

Ce qui la fonde est le silence, non seulement par absence de paroles, mais également de silence mental ouvert sur un vide créateur. La conscience mystique est toujours personnelle et singulière. Elle contribue à instituer l’être humain qui la développe comme un être exceptionnel, un saint, souvent fondateur de nouvelles religions.

Le Dire de la conscience mystique, lorsque celle-ci éprouve le besoin rare de s’exprimer, est un Dire poétique, analogique et métaphorique ou métonymique dont le symbole est l’élément primordial, tout en sachant que le symbole n’est pas uniquement le signifiant codé dont le code donnerait le sens ultime. Le symbole comme signifiant non arbitraire ( contrairement au signifiant du code) renvoie à un invisible et inimaginable signifié.

3. La conscience du sage

C’est celle de l’être éveillé avec plus ou moins de profondeur.

Une conscience de l’entre-deux, qui ne néglige pas la conscience rationnelle ni la conscience mystique mais ne s’y réduit pas.

Dans son accomplissement elle devient une conscience vraiment libre. Elle joue le jeu de la poéticité du monde dans sa diversité, avec un humour simple et direct. Elle accueille la totalité de ce qui est mais réfléchit aussi au sens varié de l’accueil.

Comme conscience de l’entre deux elle ne s’enferme jamais dans un système totalitaire. Elle fonctionne avant tout au dialogue.

Elle est la plus difficile à réaliser complètement. C’est pourquoi elle est toujours inachevée et questionnante sur elle-même et sur les autres sagesses. Elle accepte l’incertitude et l’émergence de l’inconnaissable.

Son Dire est ouvert, de médiation, et susceptible de multiples interprétations. Il est toujours animé par un humour qui n’est pas de l’ironie.

La conscience de sage est fondée sur le non-savoir.


illustration : ikebana