Le Journal des Chercheurs

Accueil > Le JOURNAL des Chercheurs > Politique > DE LA GUERRE ABSURDE : Armadillo, dans le piège afghan

DE LA GUERRE ABSURDE : Armadillo, dans le piège afghan

vendredi 21 décembre 2012, par René Barbier

Les milliers de soldats français engagés dans la guerre en Afghanistan depuis dix ans commencent à rentrer en France. Combien auront conscience de l’absurdité totale de cette guerre ? On va les amadouer avec des décorations, des insignes, des mémoires incontournables. Mais qui leur enseignera les enjeux politiques et économiques dissimulés sous la gloriole des droits de l’homme pour laquelle plus d’un s’est fait tuer là-bas ?

Alors à voir :

Mercredi 5 Décembre à 20h50
Film documentaire - Danemark - 2010
Durée : 1h45

Réalisé par : Janus Metz

Documentaire de Janus Metz (Danemark, 2010, 1h41mn, VF) Image : Lars Skree Son : Rasmus Winther Montage : Per K. Kirkegaard Musique : Uno Helmersson.
Grand Prix, Semaine internationale de la critique, Cannes 2010.
Prix du meilleur documentaire, BFI London Film Festival 2010.
Prix ARTE du meilleur documentaire, Prix du cinéma européen 2010.

Résumé du programme

"Pendant six mois, le réalisateur a accompagné les recrues d’une troupe d’élite plongée dans le conflit afghan. De manière directe, il décrit la vie de caserne, entre rituels militaires et films porno, la fièvre des combats, entre sens du devoir, rêves de gloire et peur au ventre, et les états d’âme de ces très jeunes guerriers qui semblent tout droit sortis d’un jeu vidéo, progressivement gagnés par le doute et les sentiments paranoïaques. Privilégiant un montage nerveux et une esthétique noire, Janus Metz met en scène avec une redoutable efficacité la perte du sens de la réalité dans certaines situations limites – le comble de la tragédie étant atteint quand une fillette afghane est tuée "en respectant les procédures"." (http://www.leblogtvnews.com/article-a-voir-document-choc-armadillo-dans-le-piege-afghan-113113457.html)

Pour sa toute première mission, la section des soldats Mads et Daniel est envoyée en Afghanistan, dans le camp Armadillo, au coeur la province d’Helmand, où les soldats sont censés aider les Afghans. Alors que les combats contre les Talibans se font de plus en plus nombreux et violents, Mads et Daniel se laissent gagner par un cynisme qui ne cesse de creuser le fossé existant déjà entre eux et les Afghans...

Le réalisateur Janus Metz a pris des risques inconsidérés pour faire ce film. Présenté lors de la Semaine de la critique au Festival de Cannes, « Armadillo » offre un voyage exceptionnel au coeur de l’esprit d’un soldat.

Pendant six mois, en 2009, le réalisateur danois Janus Metz a accompagné une troupe d’élite plongée dans ce conflit afghan. Voilà sous nos yeux la vie et les états d’âme de ces très jeunes guerriers progressivement gagnés par le doute.
 
Le film a été tourné dans le sud-ouest de l’Afghanistan, dans la garnison d’Armadillo qui, depuis 2001, doit "stabiliser" le pays contre les talibans.
 
Pour beaucoup de ces jeunes volontaires, c’est leur première mission dans un pays en guerre. Avec un ennemi invisible et des blessés toujours plus nombreux, ce qui va rendre ces jeunes guerriers danois de plus en plus cyniques, jusqu’à creuser un fossé avec la population afghane qu’ils sont censés aider.

"Armadillo, dans le piège afghan", constitue un point de vue intéressant sur la guerre sous forme de documentaire dépeignant le quotidien de deux soldats danois envoyés au feu en Afghanistan. La chaîne franco-allemande tente-t-elle vraiment de répondre à une problématique très actuelle : pourquoi l’intervention en Afghanistan n’a-t-elle pas fonctionné ? Je n’en suis pas certain.

Le film documentaire diffusé par Arte le 5 décembre 2012 sur la guerre en Afganistan qui relate le quotidien pendant six mois d’une brigade de soldats de la force d’intervention européenne (danoise) en avant poste nous laisse un arrière-goût d’absurdité totale.

Ici se mèle la guerre véritable avec ses morts, ses mutilations, ses assassinats légaux en mission et les jeux vidéos de guerre regardés par les soldats au repos, alimentés par les inévitables séries pornographiques.

Si le réalisateur a voulu nous montrer à quel point cette guerre, comme toutes les guerres d’ailleurs, correspond à un enjeu absurde mais mené par le système des bons points (ici les médailles et autres emblèmes valorisants), il a réussi.

Malheureusement nous suivons phénoménologiquement une section soldatesque qui va de plus en plus du respect relatif des autres , les afghans paysans, distingués des talibans, vers une assimilation totale de l’autre comme cible à anéantir, rien n’est jamais éclairé sur le dessous des cartes de cet engagement militaire dans ses ressorts politiques internationaux.

Nous sortons du visionnement de ce film avec un sentiment de tristesse infinie en liaison avec la bétise humaine la plus absolue, celle du "brave soldat" qui, revenu chez lui, veut aussitôt repartir..

À voir ce film, on peut comprendre dès 2009 que la guerre est perdue d’avance dans ce pays de combattants fiers et indomptables et qu’il est grand temps de se désengager de ce piège où nous ont entraîné les Américains après le 11 septembre 2001.

En Afghanistan,comme naguère en Algérie dans le film de René Vautier en 1972 "Avoir 20 ans dans les Aurès," (http://fr.wikipedia.org/wiki/Avoir_vingt_ans_dans_les_Aurès) nos jeunes gens y perdent leur âme et leur vie. L’imaginaire le plus destructeur s’y déploie sans limite.
La sauvagerie humaine sous couvert de justice est légitimée.

Non, ce film d’Arte manque de clarté à force de vouloir être "réaliste" et documentaire" au premier degré.

Un entretien avec le réalisateur Janus Metz précise ma pensée (RB).(http://www.arte.tv/fr/interview-du-realisateur-janus-metz/7104180.html)

Il paraît que le film a eu un impact au Danemark.
Quel a été l’impact du documentaire "Armadillo" au Danemark ?

Le film a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique. Les journaux et la télé l’ont abondamment commenté. Il a donné lieu à des débats sur le sens de l’engagement du pays dans la guerre en Afghanistan. Il a aussi contribué à changer la perception de ce conflit. Deux mois après sa diffusion, un sondage
montrait que, pour la première fois, plus de la moitié de la population danoise était pour le retrait de ses troupes.

Une enquête a été ouverte suite à la séquence où des soldats tuent de présumés talibans, en embuscade dans un fossé d’irrigation près d’un village…
Cette enquête a été l’une des conséquences du documentaire. Mais aucun des soldats n’a été inculpé de crime de guerre. Il aurait fallu posséder des preuves et savoir exactement ce qui s’était passé. Or, la caméra était trop loin de l’action. Seuls les soldats impliqués savent avec certitude ce qu’ils ont fait et s’ils ont suivi ou non la procédure militaire.

Que sont devenus les soldats auxquels vous vous attachez dans le film ? demande-t-on.

Janus Metz répond : Ils sont tous restés dans l’armée. Celui impliqué dans la mort des talibans dans le fossé est retourné en Afghanistan. Ça me rend assez triste de penser qu’aucun d’eux n’a changé d’opinion. Ils sont juste devenus beaucoup plus pessimistes par rapport à la situation et ont perdu leurs illusions. Mais ils ont tous embrassé cette identité militaire et ce monde de brutalité et de cynisme.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?