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Les blablablings du candidat président Sarkozy

mercredi 25 avril 2012, par René Barbier

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Dernière trouvaille du candidat président Sarkozy : demander à François Hollande de participer à trois débats télévisés pour discuter des questions de la société française. D’ordinaire un seul débat est prévu. Il innove mais pour quelles raisons ?
Sarkozy est le maître des médias, non seulement parce que ses amis en contrôlent un bon nombre, mais parce qu’il a appris depuis longtemps à savoir comment jouer le jeu particulier de ce type de communication. Il y est à l’aise comme un poisson dans l’eau. Il est passé maître en pirouettes rusées devant ses interlocuteurs. Tous ceux qui acceptent d’entrer dans son système de communication s’y cassent les dents car c’est un système égotiste, centré sur l’affectif et l’imaginaire au profit de sa famille politique.

Un système dans lequel la règle est de ne jamais rien dire d’intéressant mais de paraître. On l’a bien remarqué dans son pseudo débat avec le philosophe Michel Onfray dans une revue de vulgarisation philosophique. Sarkozy, sur le sens de la vie, en profondeur, n’a rien à dire que des platitudes et des illusions de culture. C’est avant tout un homme d’action narcissique, fougueux et ravageur, omnipotent et emporté par ses pulsions, cynique même le cas échéant sur son attrait pour l’argent et la pléonexie contemporaine - ce désir du toujours plus - analysée par le philosophe Dany-Robert Dufour par exemple.

Il avait, certainement, prémédité sa proposition. En effet il avait tout à gagner dans cette transgression aux us et coutumes des élections présidentielles.

Soit François Hollande n’acceptait pas (ce qui était probable) et Nicolas Sarkozy pouvait à l’encan crier que son challenger avait peur, fuyait la discussion démocratique, en fin de compte "se dégonflait" comme un petit garçon apeuré.

Soit François Hollande acceptait et Sarkozy se frottait les mains d’avance aux combats de coqs qui allaient se dérouler et auxquels il excelle : des mots pour ne rien dire mais pour faire étincelle.

Le candidat sortant aime les débats-ébats, les blablablings tout en relief superficiel et en effets de manche. Ce sont avant tout des ébats plus que des discussions éclairantes. On y trouve l’ingrédient de la pulsion libidinale, dissimulant une homosexualilté latente, comme il en existait entre les lutteurs spartiates de la Grèce antique.

Aujourd’hui ce ne sont plus des parcours athlétiques dignes des Jeux de l’Olympe mais des jeux de séduction dans les médias pour attendrir et soudoyer les citoyens le plus souvent dépourvus de culture historique et politique, mais non pas de souffrances et d’humiliation résultant de la politique très réelle d’un monde néolibéral voulu par Sarkozy et ses semblables.

Je rédige cette note au coeur du cimetière du Père Lachaise. En ce lieu ancestral, je trouve une analogie évidente avec les fanfaronnades électoralistes de Sarkozy dans la statuaire somptueuse et grandiloquente. De nombreux bustes en bronze de hautes personnalités, hommes politiques, écrivains, aristocrates en tout genre, généraux d’Empire, comédiens etc., sont érigés le plus haut possible et accompagnés de femmes en bas et à demi dénudées et éplorées ou laudatives, porteuses de couronnes de lauriers, pour commémorer dans la mort même le prestige des défunts.

Le Père Lachaise est un analogon de la scène politique française largement voulue ainsi par Nicolas Sarkozy. La grande mise en scène de l’insignifiance, de l’attente des coups bas, des rumeurs, [1]des bons mots et autres plaisanteries douteuses sur l’adversaire, qui font la joie des journalistes de la nouvelle vague. Le principal est de faire rire, de se moquer, voire d’aller jusqu’à l’injure qui ne dit pas son nom.

Jeu de vanité extrême pour candidats fatigués et obsédés par le pouvoir comme les inamovibles présidents galonnés de certaines "républiques" africaines. La véritable démocratie, dans ce régime, est la dernière roue du carrosse. C’est le règne de l’esbrouffe, des querelles intestines, des sourires de façade complètement figés et sans vie.

Sarkozy a dit, sur un coup de tête sans doute, qu’il se retirerait de la vie politique s’il n’était pas élu. On peut en douter. Encore un coup de bluff pour paraître aussi digne que le Général de Gaulle. Mais il n’est, en rien, le Général de Gaulle qui était un homme de droite mais aussi de droiture, un adversaire respectable.

Proposer trois débats pourraient être convaincants en d’autres lieux et avec d’autres personnages. Si la politique-spectacle largement alimentée depuis son élection par Sarkozy en France, comme, un temps, par son homologue et compère Berlusconi en Italie, pouvait être débarrassee de ce jeu truqué par les strass et paillettes, un débat sans ébats, plus apollinien que faussement dionysiaque certes, pourrait avoir lieu. Nous pourrions alors vivre une dialectique intéressante des arguments de l’un et l’autre adversaire politique. Le sociologue belge Henri Janne, en son temps, reprenant une idée de l’économiste français François Perroux, proposait de distinguer la dialectique de l’antagonisme, celle du conflit et enfin celle du dialogue.

La dialectique de l’antagonisme est celle que nous connaissons habituellement en France. Deux adversaires font semblant de discuter mais, en fait, ne s’écoutent jamais, restent sur leur pré carré et n’ont de cesse que de démolir par tous les moyens l’image de l’autre, indépendamment de ce qu’il peut dire d’intéressant. C’est ce qu’on nomme un "dialogue de sourds". Les téléspectateurs ne s’y trompent plus maintenant et s’ils vont quand même voter, c’est pour ne pas donner raison à tous ceux qui refusent la démocratie même médiocre et qui demeurent dans le tout ou rien.

La dialectique du conflit reconnaît que le désir d’argumenter et la vision politique de l’autre existent , même s’il ne sont pas partagés. Un conflit se manifeste mais on cherche à saisir, à comprendre ce que l’autre veut dire réellement. Malgré tout chacun se cantonne dans un système de pensée qui paraît indépassable et qui ne peut accepter d’être dépassé par une vision tierce, autre, novatrice.

La dialectique du dialogue est la seule qui s’ouvre sur ce dépassement, cette assomption d’un horizon nouveau beaucoup plus complexe, non sans tension et incertitude, mais sans ressentiments systématiques, émergence d’ "affaires" plus ou moins délinquantes et coups foireux qui dévalorisent complètement la vie politique.

Certes, cette vision du monde correspond sans doute à une utopie créatrice. Comme l’a bien vu le sociologue Michel Maffesoli, nous n’en sommes plus là avec la postmodernité dont Sarkozy serait, au niveau présidentiel, le cas typique et tout à fait nouveau. La postmodderniité d’aujourd’hui c’est le règne de l’esbrouffe, de la "vanne" permanente, du retournement de veste dès que l’efficacité personnelle ou du petit groupe est en jeu dans les diverses "tribus" qui ponctuent le champ du politique. C’est le temps du spectaculaire qui dilue la question de l’autorité dans le jeu des médias comme l’a montré un remarquable document qui reprenait les recherches sur la soumission à l’autorité de Stanley Milgram mais en fonction de l’influence de la télévision. Sarkozy est le Prince de cette postmodernité. Avec son action animée par l’illusion et les mécanisme de parades, il doit faire plaisir dans leur tombe à Jean Baudrillard et à Guy Debord, qui avaient si bien vu l’histoire des politiques d’images à venir. Raoul Vaneigem, lui, a préféré se retirer du monde pour écrire et se réfugier dans sa "cabane" au fond des bois comme dirait Michel Onfray influencé par Démocrite.


"Questionnement", dessin numérique de René Barbier


[1par exemple lorsque il y a quelques jours Nicolas Sarkozy et ses compères politiques ont fait courir le bruit que François Hollande le cas échéant régulariserait sans vergogne les sans papiers, qu’il est soutenu par 700 mosquées, que l’idéologue Tariq Ramadan lui accorde son soutien, toutes rumeurs complètement fausses et mal intentionnées comme François Hollande l’a rappelé dans un entretien sur France Info du 26 avril 2012. Voir aussi l’article de Libération sur ces mensonges,

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