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Une thèse de doctorat sur l’éducation prénatale en Corée du sud

vendredi 9 décembre 2011, par René Barbier

RAPPORT DE SOUTENANCE DE THÈSE
EN SCIENCES DE L’ÉDUCATION

DE MADAME Estelle CHEON-PAVAGEAU

« L’Éducation prénatale :
traditions et pratiques actuelles dans la culture coréenne »

Université de Nantes
Le 2 décembre 2011

Jury, dans l’ordre de la prise de parole :

LANI-BAYLE Martine, Professeur en Sciences de l’éducation, Université de Nantes, directrice de la thèse.

BARBIER René, Professeur émérite en Sciences de l’éducation, Université de Paris 8, pré-rapporteur.

BRUNETON Yannick, Maître de conférences Langues et Civilisations de l’Asie Orientale, Université de Paris 7.

KWON Yonghae, Maître de conférences en Langues étrangères appliquées, Université de la Rochelle.

POURTOIS Jean-Pierre, Professeur en Sciences de l’éducation, Université de Mons, Belgique, pré-rapporteur et Président du jury.


La candidate, qui a réalisé un powerpoint illustré, commence en présentant son parcours, ses motivations et l’origine de son intérêt pour le sujet traité, ainsi que les caractéristiques principales, les apports et perspectives de sa thèse.

Madame Martine Lani-Bayle, directrice de la thèse, prend alors la parole et commence en félicitant la candidate pour son parcours en sciences de l’éducation, ainsi que pour l’aboutissement que constitue cette thèse et ce, malgré d’importantes difficultés matérielles en cours de route qui en ont retardé la finalisation.
Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une collaboration active d’Estelle Cheon-Pavageau qui a participé aux recherches communes ainsi qu’aux déplacements d’équipe en Pologne, au Maroc et en Grèce, ce qui lui a permis de présenter ses travaux à l’extérieur et de tirer parti de réflexions croisées variées – au prix de moments parfois de déstabilisation qui ont participée de la bonne avancée de son projet.
La candidate propose un document important, bien présenté et construit, bien écrit et comportant très peu d’erreurs ce qui, compte-tenu du fait que le français n’est pas sa langue première, est en soi à souligner. Le lecteur est accompagné, le texte offre des récapitulatifs et transitions, il est illustré. Le plan est équilibré et la bibliographie, trilingue, impressionnante par son étendue. L’interculturel est donc convoqué autant que la thématique, qui a nécessité une compétence interlinguistique et la traduction du corpus recueilli en coréen, ainsi que plusieurs déplacements en Corée.

Le thème retenu par Estelle Cheon-Pavageau est intéressant car c’est une démarche peu, voire pas connue en France et donc, peu traitée notamment en Sciences de l’éducation (elle n’y a trouvé que 2 thèses à ce propos), discipline pourtant directement convoquée par le sujet. En Corée, cette pratique apparaît comme une évidence, elle n’est donc pas questionnée sur place. Alors, passer d’une conviction culturelle à une démarche de recherche scientifique n’a pu se faire qu’à partir d’une radicale prise de distance autorisée par le regard interculturel.

Mais il s’agit, vu de France, d’une thématique qui n’est pas neutre, donc risquée et courageuse, car prompte à soulever des idéologies et susciter toutes sortes de dérives rebelles, là aussi, au traitement scientifique : cette confrontation, remarque Martine Lani-Bayle, a perturbé le cours du travail d’Estelle Cheon-Pavageau au point, parfois, de provoquer des doutes ou scepticismes qui auront pu faire craindre à une bifurcation trop radicale de la problématique, voire à un arrêt de la recherche. La perte accidentelle d’une partie du corpus a pesé aussi en ce sens. La candidate a pu relever l’ensemble de ces défis et aller au bout de ce travail nécessairement pionnier, et donc exploratoire : ce ne sera pas le moindre de ses mérites.

Un autre défi a été celui du choix d’une méthodologie qualitative clinique-dialogique, alors même que la caractéristique de la population qui aurait dû être répondante la rendait inatteignable en soi. En effet, questionner l’éducation prénatale permet certes d’interpeller les parents, les enseignants ou praticiens de la démarche, la culture et les traditions sous forme de coutumes persistantes et d’ouvrages parfois très anciens. Mais les « cibles » principales ne peuvent elles-mêmes témoigner de leur vécu, inaccessible à toute trace qui pourrait en faire état. La quête dialogique est donc mise à mal et ne pourra se satisfaire que de détours ou méthodes indirectes inférantes, contournant au mieux cet incontournable obstacle.

La position du chercheur s’est donc avérée particulièrement délicate, entre implication et imprégnation culturelle rendant la distanciation difficile. Estelle Cheon-Pavageau n’a pas éludé cette question, pour en faire la richesse fondamentale de son travail en situant le chercheur en tant que médiateur entre les narrateurs possibles et le public de lecteurs auquel il s’adresse (p. 253).

Ainsi et au fil des pages, cette thèse donne beaucoup à penser et c’est bien ce que l’on attend avant tout de telles recherches. Elle agrandit la notion, maintenant bien établie, de « formation tout au long de la vie » à un « et même avant » (p. 65), sans pour autant l’étendre, comme nous pouvons le faire, à l’intergénérationnel : « l’origine » est placée dans le ventre (p. 137), le « début », le « premier chapitre » (p. 408). En Corée (et dans les modèles asiatiques), la généalogie, la psychogénéalogie, auraient donc un sens et une portée différentes que dans nos cultures proches. Ce qui ne manque pas d’interroger sur un différentiel dans la temporalité de la vie (là-bas, on se voit crédité d’un an à la naissance et la durée de la grossesse est évaluée à 10 mois, à savoir commence quelques jours avant-même la fécondation), mais aussi de la prise en compte culturelle de l’enfant dans l’histoire. Cela aurait-il eu un impact sur la mortalité infantile, on le sait excessive jusqu’aux périodes actuelles ? Et sur la « qualité de vie » ultérieure de l’enfant, si l’objectif annoncé est d’éducation, à savoir avant tout cognitif ?

En tout cas, nous remarquons que l’investissement centré sur l’enfant s’est établi très différemment dans le temps selon les cultures. En Afrique, en tout cas dans certaines contrées, traditionnellement l’enfant n’était nommé que plusieurs jours après sa naissance, quand le pronostic vital ne paraissait plus engagé. En France, il n’était investi que bien après, parfois quelques années, une fois grandi et vivant. En effet, et alors que le « nouveau » traité d’éducation prénatale était traduit du chinois en coréen et édité en 1800, en France, les enfants n’étaient majoritairement pas élevés par leur famille ou leur mère, et ceux qui avaient survécu ne rentraient au domicile familial qu’une fois grandis : en 1780 (selon le rapport de l’inspecteur Lenoir), sur 21 000 enfants nés à Paris, seuls 2000 sont restés à domicile (dont seulement la moitié nourris par la mère, la moitié par une nourrice) et les 19 000 autres ont été placés (2 à 3000 à Paris, 2 à 3000 en banlieue, le restant soit environ 14 000 en province, en général dans des régions « spécialisées » comme le Morvan). Même Rousseau a placé ses propres enfants, il parle d’un usage et d’un expédient auquel il a souscrit « hardiment » pour être le mieux de ce qu’il croyait. Il faudra attendre la fin du XIXe pour que ses idées fassent effet sur la bourgeoisie puis les autres couches sociales, jointes à la pasteurisation et à la culpabilisation des parents (autour du « tout se joue avant 6 ans ») et surtout des mères, notamment avec la psychanalyse, pour que la famille se construise autour de l’enfant. Et que l’enfant (via notamment Françoise Dolto), puis le bébé (Bernard Martin, 1985), deviennent « une personne ». En Corée, depuis la nuit des temps le fœtus est une personne et on y sensibilise très précocement les futurs parents.

Pour autant et de sa posture de chercheuse qui questionne ce qui paraît là-bas comme une évidence, Estelle Cheon-Pavageau cultive un certain scepticisme autour de la croyance en son éducabilité – si celle des parents n’est pas à mettre en doute à travers la culture de cette pratique : mais y aurait-il une influence directe de ces pratiques sur l’embryon ou le fœtus (p. 165) ? À rechercher à force un « effet-Mozart » (p. 415), ne tue-t-on pas ce que l’on escompte ? Certains auront sans doute franchi le pas et c’est bien ce qui fait toute la difficulté autant que l’enjeu majeure d’une telle thèse.

Pour traiter cette question Estelle Cheon-Pavageau a procédé à une revue de lectures très documentée, tant interculturelle qu’interdisciplinaire. Et a usé d’une méthodologie variée également, tout en restant essentiellement qualitative et limitée à une zone géographique particulière : des entretiens avec 10 couples ayant pratiqué l’éducation prénatale avec au moins un de leurs enfants, des observations de cours sur ce programme à l’université jointe à des questionnaires auprès des étudiants le suivant. Une analyse fine de ces données prête vie à la problématique en apportant quelques jalons par rapport à ce vaste questionnement que nous découvrons à travers ce travail exploratoire.

Cette thèse se termine sur l’évocation de défis à relever, de voies à tracer, reprenant un vocabulaire cher à Edgar Morin. En effet, et sans tomber dans les excès qu’elle peut nourrir, Estelle Cheon-Pavageau a bien montré la complexité de cette thématique qui mérite qu’on en poursuivre l’exploration, sur les bases ainsi esquissées. C’est ce à quoi l’encourage Martine Lani-Bayle en renouvelant ses félicitations pour une recherche pleine de promesses et de découvertes en perspective – ce qui est bien l’objectif d’une bonne thèse.

René Barbier, professeur émérite à l’université Paris 8 et pré-rapporteur, prend alors la parole. Madame Cheon-Pavageau, commence-t-il, développe dans sa recherche une question encore largement en friche en France : l’éducation prénatale. Elle pose très bien la problématique dès les premières pages de sa recherche. Elle pense sa thèse comme une recherche exploratoire sur les qualités intrinsèques à cette éducation avant la naissance et « dans le ventre de la mère » dont elle indique d’emblée les diverses qualifications (page 34). Madame Cheon-Pavageau précise qu’elle se situe dans le cadre d’une problématique théorique et méthodologique d’ethnographie clinique plus brève que celle d’une ethnographie habituelle.
Son travail de recherche est largement informé sur le plan théorique et méthodologique par des recherches américaines et coréennes par rapport à ce qui a pu être déjà écrit en France. Elle se veut avant tout une recherche exploratoire sur les manières de faire et de se représenter cette éducation prénatale par des parents nés à l’époque qui a suivi les dures contraintes politiques et économiques de la guerre de Corée. La recherche s’appuie sur une tradition de l’éducation prénatale de très longue durée en Corée, comme dans d’autres pays d’Asie, en particulier de la Chine.
La thèse qui comprend 573 pages, dont 31 pages de bibliographie et 17 annexes, se divise en quatre grandes parties. La première partie comprend les postures épistémologiques, méthodologiques, les précisions terminologiques, les grandes lignes de recherches par rapport à cette éducation prénatale. La deuxième partie consiste à présenter des études de références théoriques et historiques pour comprendre cette éducation prénatale. La troisième partie aborde la problématique sur le terrain. Elle présente une analyse de vingt entretiens portant sur dix couples, une observation d’une classe d’étudiants en Corée et deux questionnaires auxquels ont répondu 91 étudiants coréens sur les connaissances et la pratique de l’éducation prénatale.

La quatrième partie est consacrée à la présentation des résultats de l’analyse et à la synthèse, à la réflexion philosophique sur l’influence de la spiritualité et de l’inné et de l’acquis, de l’éducabilité du bébé dans le ventre de sa mère, ainsi qu’aux critiques des pratiques de l’éducation prénatale. Et à la discussion qui peut s’en suivre.
La thèse est bien écrite avec très peu de fautes de style et d’orthographe. Elle permet de bien situer la pratique et le discours des sujets concernés par l’éducation prénatale en Corée.

Elle se veut une description de la pratique de cette éducation prénatale en Corée à partir du discours des pères et des mères ayant déjà eu des enfants.
René Barbier rappelle que l’hypothèse de travail de l’impétrante propose une question (page 234) : il y aurait une différence de représentation et de pratique entre une éducation prénatale traditionnelle et celle de parents plus dégagées des contingences de l’après-guerre et plus soucieux de créativité et d’originalité dans le domaine de ce type d’éducation. Cette nouveauté porterait sur les valeurs, les pratiques, les croyances, la spiritualité, la manière de transmettre le savoir et en fin de compte le rôle des parents dans cette éducation prénatale.

Madame Cheon-Pavageau va essayer tout au long de sa recherche, de mettre en lumière cette différence supposée entre une éducation traditionnelle et une éducation moderne qui ne renie pas la tradition mais réactualise ses présupposés à l’aune des données de la science contemporaine concernant le bien-être de l’enfant « dans le ventre de sa mère ».

La recherche est minutieusement menée et réfléchie d’une manière phénoménologique à travers les entretiens et leur analyse sur le plan de chaque entretien (analyse verticale) et sur l’ensemble des dix couples et des vingt entretiens (analyse transversale) en dégageant les thématiques centrales et communes. On notera l’intérêt des analyses détaillées de figures de femmes exemplaires en ce domaine.

René Barbier soutient que la dimension critique n’est pas absente dans cette thèse, mais qu’elle reste malgré tout au niveau de la dimension empirique et attachée à la pratique éducative à travers ce qu’en disent les acteurs.

René Barbier veut discuter plus avant, d’un regard critique qui prendra plus de distance avec la singularité expressive des acteurs de terrain, et envisagera une dimension transversale plus macrosociologique en liaison avec l’imaginaire social de l’éducation sur la petite enfance dans la postmodernité néolibérale mondialisée.
C’est à l’approfondissement de la problématique et de l’hypothèse de recherche éclairée de cette façon que je veux discuter dans cette soutenance.

René Barbier a bien noté à travers les données présentées et les réflexions de Madame Cheon-Pavageau que les femmes coréennes, dans leur ensemble, acceptent bien volontiers aussi bien ce qui est de l’ordre de la tradition concernant l’éducation prénatale que ce que la modernité leur offre en complément aujourd’hui.

Il lui semble que la question qu’un sociologue ou un psychosociologie de l’éducation doit se poser, c’est le sens caché de cet ensemble de coutumes qui se traduit par des conseils impératifs que la future mère se doit de respecter.

Pour comprendre ce fait, il faut revenir à l’évolution de la place de la femme dans la société non seulement coréenne mais en Asie et dans le monde. En Asie, et en Corée, en particulier, où le confucianisme, allié au protestantisme et au bouddhisme jouent un rôle majeur dans l’éducation des jeunes femmes et des jeunes mères.
Il faut se souvenir pour comprendre qu’après une période d’ouverture dans les années soixante dix et suivantes du XXe siècle, où la femme a acquis droit de cité tant au niveau de sa sexualité que de son activité de travail en dehors de la maison, les choses se sont détériorées dans les pays du nord industrialisés. Les crises du libéralisme, et notamment les crises financières, ont ruiné le marché du travail. Les premiers a souffrir du chômage ont été les jeunes, les seniors proches de la retraite et les femmes.

Tout « naturellement » c’est à dire pour un sociologue tout culturellement, le discours interprétatif dominant, le DID d’Alain Touraine, s’est peu à peu rappelé du rôle traditionnellement impératif de la mère au foyer au détriment de son rôle comme femme citoyenne et femme laborieuse. Il s’en est suivi un conflit psychologique chez les femmes entre leur rôle de mère et celui de femme, tant sensuelle-sexuelle que femme au travail dans les usines, les commerces, les administrations. L’historienne du sentiment amoureux à travers les âges, Elisabeth Badinter l’a mis en lumière d’une façon évidente dans son livre de 2010 « Le conflit, la femme et la mère ».

Deux tendance se sont faites jour pour accompagner l’évolution de l’économie libérale en crise.

L’une visant au retour de la femme à la maison, sous prétexte d’un retour à la nature et à la force de l’instinct maternel.

L’autre, n’acceptant pas ce retour au bercail, et tentant bon gré mal gré de sauver les meubles et de défendre les droits légitimes de la femme dans sa reconnaissance sociale autre que comme mère au foyer. Les Allemandes ont préféré souvent sacrifier leur rôle de mère et rester sans enfant ou sacrifier leur travail hors les murs du foyer. Les françaises ont cru, un moment, pouvoir sauver les deux faces de leur implication au foyer et au travail.

Mais les injonctions maternalistes se font de plus en plus sentir en même temps qu’elles accompagnent le chômage des hommes jeunes et moins jeunes. Des discours culpabilisants sont apparus de plus en plus envers les femmes qui « fauchent » le travail des hommes alors qu’elles devraient plutôt s’occuper de leur mari et de leurs enfants.

Cette tendance de l’imaginaire social de la femme au travail et dans la société n’est pas spécifique à l’Occident. Elle s’accomplit également en Asie de plus en plus, d’autant plus facilement que l’évolution sociale de la femme est beaucoup plus récente et fragile dans ces pays. On sait que sous les contraintes et la violence symbolique du confucianisme en Asie, notamment avec le retour de l’idéologie plus confucianiste que confucéenne véritable, qui faisaient se révolter les jeunes Chinois le 4 mai 1919 contre « la boutique de Confucius », les jeunes femmes asiatiques cherchent à prendre du large et un peu d’air par rapport à l’aspect draconien de leur culture en allant faire des études en Europe ou aux Etats-Unis comme l’a montré Sunmi Kim, une coréenne, dans sa thèse à l’université Paris 8, il y a déjà plus de dix ans.

Toutes les techniques et éducation prénatales ne sont-elles pas une expression larvée mais prégnante de cet imaginaire social qui vise à maintenir la femme dans son rôle de mère affairée au foyer, à l’éducation de l’enfant, à préserver l’intégrité du foyer familial et conjugal ? On le voit bien dans le rôle attribué à la sexualité réduite à sa portion congrue lors de la période de gestation. La femme perd son existentialité de femme sexuelle et libre au profit de celui de mère attentive au bien-être de son futur bébé à naître et au maintien de sa famille dans l’ordre social.

Pour René Barbier, il est intéressant de noter que les jeunes femmes coréennes, comme les Allemandes, ont tendance à ne plus faire d’enfants. La chute de la natalité est impressionnante en Corée. On peut se demander si l’accent mis sur l’éducation prénatale n’est pas pour redorer le blason de la mère au foyer devant la crainte des jeunes femme coréennes qui doivent faire face aux aléas de la vie de travail, le chômage et les conditions draconiennes aujourd’hui de l’éducation des enfants, destinés socialement à l’université dès la maternelle dans l’imaginaire de la société coréenne !

En d’autres termes, selon René Barbier, une hypothèse et une problématique plus d’option sociologique aurait consisté à prendre cette évolution à bras le corps et à chercher comme cela se traduisait dans les faits éducatifs positifs et négatifs de la prénatalité. Car, pour prendre une oeuvre littéraire récente d’une écrivaine coréenne de 34 ans, Kim Mi-wol, qui situe son héroïne –une guide touristique cherchant le sens de sa vie - dans une sorte de bâtiment-grotte de Séoul – la chambre 203 du Gosiwon où elle habite dans une « cage à poule » comme on le disait chez nous naguère, un chambre de 3 m2, et qui travaille dans la grotte artificielle destinées aux écoliers et au touristes à Séoul même, où tout est surfait et antinaturel, mais pour la bonne cause éducative, ne peut-on penser que les conditions de vie de la jeune femme coréenne est loin des joies de l’enfantement glorieux et imposent plutôt une extrême prudence à l’égard de tous les bons sentiments et de tous les diktats éducatifs concernant la prénatalité ? Comme l’écrit Lee Kwang-ho à propos de l’œuvre de l’écrivaine coréenne, dans ce lieu clos il n’y a nul chemin., « évoquant d’habitude l’exiguïté, l’enfermement et l’impression d’étouffer, la grotte de ce récit, en faisant se superposer l’image d’un « monde virtuel » à celle du « Séoul d’aujourd’hui », devient emblématique d’une modernité « dépourvue de chemin » à suivre » (« la fiction de Kim Mi-wol, « une guide qui ne montre pas le chemin », in revue Koreana, culture et art de Corée, automne 2011, p. 93).

Malgré ces quelques remarques critiques socio-historiques, en tout état de cause la thèse de Madame Cheon-Pavageau apparaît comme une très heureuse réflexion argumentée et détaillée par une étude sérieuse de terrain qui permet une compréhension d’une pratique éducative prénatale dans la Corée d’aujourd’hui et peu habituelle en France. Elle apporte une connaissance exploratoire et descriptive concernant la prime-éducation en Corée en son point d’origine, dans la foulée de recherches déjà menées en France par Luc Boltanski à la fin des années soixante de l’autre siècle sur la « prime-éducation et la morale de classe » mais peu développée depuis quarante ans en ce qui concerne l’éducation « dans le ventre de la mère ».

M. Yannick Bruneton prend à son tour la parole en rappelant qu’il n’est pas compétent en matière de sciences de l’éducation, ses recherches portant sur l’histoire médiévale de la Corée. Il constate que l’ « éducabilité » du fœtus restant non prouvée (p. 94, 406-407), Mme Cheon-Pavageau s’est attaché à analyser et à caractériser une « croyance » (p. 356) dans la longue durée en abordant plusieurs aspects (historiques, sociaux, ethnographiques). Elle manifeste un effort de rigueur dans la définition des concepts-clés de sa recherche. Sa méthodologie (une « approche interprétative », une « épistémologie modeste », p. 33) est longuement décrite (chapitre 2, première partie). L’expression et la présentation sont soignées, la bibliographie abondante et variée, en langues occidentales et en coréen. Les annexes rapportent l’intégralité des entretiens et enquêtes en coréen, traduits en français. Le système de transcription utilisé n’est pas précisé.

Le sujet de la thèse est original et passionnant : il présente le concept coréen de t’aegyo (胎敎 태교) traduit par « éducation prénatale », emprunté à l’antiquité chinoise et répandu dans l’Asie de l’Est. Le principal mérite de ce travail est de faire connaître un concept peu familier à sa discipline en se référant à la culture coréenne. Mme Cheon-Pavageau en recense les principales pratiques telles que consignées dans les textes ou bien décrites lors d’entretiens avec dix couples sud-coréens interrogés à l’été 1997 et en novembre 2009. Bien qu’elle s’en défende (p. 402, 406), sa thèse fait la promotion de l’éducation prénatale comme étant bénéfique pour l’humanité et la biosphère (p. 419-420).

Le rapporteur regrette que le sujet ne soit pas traité avec la complexité qui le définit au sein de la société sud-coréenne contemporaine. En prenant le parti d’affirmer la continuité des valeurs culturelles (p. 355) de la croyance en l’éducation prénatale en Corée (p.371), et en réservant ses réflexions critiques pour la fin de son travail (chapitre 3), Mme Cheon-Pavageau a construit un cadre d’analyse qui ne fournit pas, il lui semble, l’ensemble des clés pour la compréhension de ce phénomène nouveau (un « boom », p. 202) dans la société sud-coréenne survenu à partir du début du 21e siècle (p. 173).

Pour en percevoir les ressorts et le dynamisme, il aurait été nécessaire de décrire la société sud-coréenne, traversée par des tensions et des paradoxes, avec plus de réalisme et de précision. Le phénomène du t’aegyo s’inscrit d’abord dans un contexte de transition entre une longue période de politique de limitation des naissances impulsé par la République de Corée, qui a conduit le pays à connaître sa transition démographique, et celle de l’engagement dans une voie nataliste depuis le début des années 2000 pour faire remonter le taux de natalité et ralentir le vieillissement de la population.

Ensuite, il aurait été pertinent, non pas seulement d’évoquer (p. 414-415), mais d’expliquer le phénomène de société qualifié de « fièvre de l’éducation », kyoyuk yòl (敎育熱), établi dans une société où les rapports sociaux sont conditionnés par un sentiment exacerbé de compétition, avec lequel l’éducation prénatale entretient des liens logiques (n’en serait-il pas d’ailleurs un sous-produit, quand on considère le phénomène de l’apprentissage prénatal de l’anglais 英語 胎敎, p. 207, et l’effet-Mozart, p. 416 ?), et qui est devenu aussi un problème de santé publique (stress, manque de sommeil des enfants, taux de suicide élevé).

En outre, pour lui, il fallait au moins rappeler le paradoxe social et juridique, que représente la permissivité relative à la pratique de l’IVG, et sa fréquence en Corée du Sud (plus de 342.000 IVG en 2005), bien qu’interdit par la législation (sauf exceptions), et la mise en valeur concomittante du t’aegyo qui accorde implicitement au fœtus le statut de personne (aucune référence à la loi à ce sujet). Qu’en est-il, en définitive de la position des femmes dans la société (devenues moins nombreuses que les hommes par eugénisme) ?

Concernant la thèse de la continuité culturelle de la croyance et des pratiques de l’éducation prénatale en Corée, les arguments sont discutables. Les données suggèrent plutôt une rupture (p. 118) dans la conception du t’aegyo et de ses pratiques : la notion s’inscrit à l’origine dans un contexte culturel de la culture lettrée confucéenne et les pratiques induites sont l’apanage de l’aristocratie caractérisée par un idéal de pureté (淨 en bouddhisme), d’extraordinarité (聖), de moralité (respect des rites 禮) et de cultivation de soi (自修). En dépit de la publication en coréen du T’aegyo sin’gi au 19e siècle (traduit du chinois classique), il est difficile de savoir si les pratiques ont pénétré l’ensemble de la société au Chosòn. Il est incertain, sur une telle base, d’affirmer que le t’aegyo ait été une « culture populaire » (p. 425). Le résultat des entretiens avec les personnes sondées ne permet d’ailleurs pas d’identifier facilement la survivance d’une telle culture, ce qui n’enlève rien à l’intérêt du sujet.

L’impétrante aurait pu montrer par ce biais que, dans la société sud-coréenne d’aujourd’hui, le rapport au passé est compliqué, vécu souvent de manière traumatique, et accompagné d’un discours de victimisation (brutalité de la colonisation japonaise et japonisation forcée de la société, exploitation économique et paupérisation, politique de modernisation selon des modèles culturels importés, « occidentalisation » subie, perte des idéaux de moralité et confusion dans les systèmes de valeurs, autoritarisme d’État…).

En dépit du fait qu’il en ait peu fait mention, le rapporteur suggère qu’il conviendrait de prendre en compte prioritairement l’influence des théories éducatives américaines sur la prénatalité pour comprendre la résurgence du t’aego au 21e siècle.
La place prépondérante accordée à l’approche « spirituelle », religieuse, faisant office d’analyse historique, n’est pas considérée de manière dynamique (multiplicité des courants religieux et compétition entre ces courants, historicité des institutions…). Il souligne que les remarques relatives à la place du t’ageyo dans la culture bouddhique sont judicieuses sur les interdits alimentaires. Il regrette l’usage répété du terme « superstitutions » (p. 336, 357, 360) pour qualifier la culture ancienne : cela révèle d’un manque d’empathie et de compréhension des concepts importants de la « société traditionnelle », un mot-valise souvent utilisé et flou.

Il ajoute qu’il aurait été pertinent de s’interroger sur la marchandisation et le mercantilisme dont fait l’objet l’éducation prénatale (p. 202) permettant d’expliquer l’importante propagande qui l’entoure (p. 366), peu scrupuleuse d’exactitudescientifiqueethistorique,que remarque opportunément Mme Cheon-Pavageau (p. 412, 415).

Pour lui, les réflexions critiques du chapitre 3 sont heureuses, mais tardives : elles auraient pu contribuer à préciser la problématique et à contribuer à la structuration de la thèse, la rendant ainsi plus dynamique. Le contenu limité du chapitre 4 (6 pages) aurait mérité de figurer dans la conclusion. Il ajoute qu’il aurait été souhaitable que les limites du travail soient signalées également en conclusion, ainsi que les axes de recherche future.

M. Bruneton termine en disant que Mme Cheon-Pavageau aboutit finalement à une définition très large de l’éducation prénatale (p. 370), et ouvre la voie à un sujet de recherche dans le domaine des sciences de l’éducation associant la Corée et la France en posant, avec sa thèse, un jalon qui fait date, dont les résultats mériteraient d’être publiés et approfondis, en adoptant une approche comparatiste, interculturelle et pluridisciplinaire.

Comme le souligne Yonghae Kwon qui prend ensuite la parole, la thèse de doctorat de Madame Estelle Cheon-Pavageau fait preuve d’originalité et de méthodologie scientifique dans un domaine encore trop peu exploré en France : l’éducation prénatale.

La thèse qui comporte 573 pages de texte, dont 31 pages de bibliographie et 110 pages d’annexes, se divise en quatre parties. La première partie intitulée « Comment étudier l’éducation prénatale ? » se compose de quatre chapitres : 1) Problématique, 2) Les postures épistémologiques et méthodologiques, 3) Définitions terminologiques, 4) Application du concept d’éducation prénatale. L’ensemble de la première partie présente les postures épistémologiques et méthodologiques, les définitions terminologiques, les chams de recherches possibles par rapport à l’éducation prénatale.

La deuxième partie intitulée « Études des références théoriques et historiques pour la compréhension de l’éducation prénatale » se compose de sept chapitres : 1) Croissance et développement pendant les dix premiers mois du bébé in utero, 2) Structure de la filiation de schéma familiale de la conception à la naissance et la zone de réflexion sur l’éducation prénatale, 3) Les évènements importants repérés qui sont liés à l’éducation prénatale, 4) Le modèle de "femmes exemplaires" pour pratiquer l’éducation prénatale, 5) L’influence de la spiritualité sur l’éducation prénatale, 6) En quoi consiste l’éducation prénatale dans la société traditionnelle, 7) En quoi consiste l’éducation prénatale dans la société contemporaine ?. La deuxième partie présente des études de références théoriques et historiques surtout en Corée du Sud pour bien comprendre l’éducation prénatale.

La troisième partie intitulée « Étude sur le terrain et les analyses » se compose de quatre chapitres : 1) Projet d’étude sur le terrain, 2) Comment mener l’entretien semi-directif ?, 3) Analyse thématique verticale des entretiens par couple, 4) Observation et questionnaires. Madame Estelle Cheon-Pavageau fait l’analyse de vingt entretiens (dix couples), d’une observation de cours sur l’éducation prénatale dans une université sud-coréenne et de deux questionnaires (un questionnaire auprès de 46 étudiants coréens et un autre questionnaire auprès de 45 doctorants coréens du département de l’éduction) sur l’éducation prénatale.

La quatrième partie intitulée « Présentation des résultats, de la synthèse, réflexion philosophique et discussion » se compose de quatre chapitres : 1) Résultats de l’analyse thématique transversale : l’évolution de l’éducation prénatale de la société traditionnelle à la société contemporaine, 2) Portées heuristiques, 3) Réflexion philosophique et "critique" sur l’éducation prénatale dans la culture coréenne, 4) Discussion. La quatrième partie consiste à présenter des résultats de l’analyse et à la synthèse. Mme Estelle Cheon-Pavageau essaie de proposer de considérer l’embryon/fœtus comme sujets d’éducation (page 408).

Mme Estelle Cheon-Pavageau montre très bien l’évolution de l’éducation prénatale et présente clairement l’ambiance sociale en Corée du Sud : l’éducation prénatale est la racine de l’éducation et le fondement du développement humain (page 426). L’analyse des entretiens et des questionnaires est bien explicite, surtout les entretiens présentés dans la partie annexes sont minutieusement traduits. Mais on regrette que le nombre d’entretiens (20 entretiens) et de participants au questionnaire (91 participants) ne soit pas suffisant pour une analyse objective car il y a plus de 50 millions d’habitants en Corée du Sud en 2011. Mme Estelle Cheon-Pavageau prétende plusieurs fois que l’éducation prénatale influence sur la formation de l’enfant après la naissance (pages 228, 304, 358) mais il est encore difficile de prouver scientifiquement cette influence à l’heure actuelle.

Dans son ensemble, cette thèse fait preuve d’une capacité de recherche rigoureuse et d’une grande qualité intellectuelle.

Pour terminer, Jean-Pierre Pourtois, président du jury et rapporteur, prend la parole. Il félicite à son tour la candidate pour son travail. Il déclare que l’étude menée est méthodique, systématique et d’une amplitude appréciable. Les postures épistémologiques et l’orientation ethnographique-clinique sont explicitées. L’hypothèse exploratoire (p. 234) annonce une démarcation originale de l’éducation prénatale d’une génération à l’autre dans la culture coréenne.

Dans la société contemporaine, les changements s’opèrent au niveau des pratiques, des valeurs, des croyances, des savoirs et des rôles. La candidate examine les écarts entre ces dimensions à l’aide de l’entretien semi-directif et réalise une analyse thématique verticale. L’observation d’une classe d’étudiants universitaires suivant un cours d’éducation prénatale est également jointe à l’étude ainsi que les résultats issus d’un questionnaire proposé à quarante-cinq doctorants coréens (p. 302) à propos des souvenirs de la vie prénatale (p. 303) transmis par les parents à leur enfant.

Le thème de la thèse est manifestement traité sous plusieurs angles d’approche. Dans l’ensemble, le travail est mené avec une attention soutenue par une pratique du doute méthodique suffisante. L’écriture scientifique est satisfaisante et la présentation des cas mis en examen est bien cadrée.

À partir des avancées issues de cette thèse, dix questions ont particulièrement suscité l’interrogation de Jean-Pierre Pourtois qui les communique en suivant le déroulement de la recherche.

Est-ce « la recherche qualitative (qui) laisse place à l’improvisation, à la flexibilité… » (p. 29) ou plutôt le dispositif d’enquête ?

L’éducation est avant tout une co-construction (p. 69). Ceci déclaré, ne pourrait-on pas, néanmoins, distinguer différents schèmes d’intelligibilité du fait éducatif ? Le schème est-il fonctionnel ? structural ? herméneutique ? actanciel ? ou encore dialectique ? Sans aucun doute, l’éducation participe peu ou prou à chacun de ces schèmes. La figure 1, à la page 69, illustre bien la nécessité qu’il y a de clarifier le regard porté en termes de liaisons possibles entre les variables A et B.

L’influence des événements prénataux (p. 96) est chaque jour de plus en plus ciblée. Ainsi, aujourd’hui, nous savons que les traumatismes subis par la mère au cours des quatre premiers mois de la grossesse exercent un effet particulièrement néfaste sur la vie ultérieure de l’enfant devenu adulte. Dans l’échantillon approché par E. Cheon-Pavageau, a-t-on pu repérer un ou plusieurs cas de traumatismes subis ? Nous aurions ici, remarque Jean-Pierre Pourtois, une information capitale, relative à la nature et la puissance du lien d’influence entre la vie prénatale et la vie adulte ultérieure du fœtus.

L’élaboration de cartes éducatives par certains parents est un fait repérable et observable. Ceci dit, encore faut-il dégager le noyau de sens commun qui émane de ces pratiques. Celles-ci illustrent essentiellement la psychosociologie parentale. Les effets sur le développement ultérieur sont scientifiquement incertains. Par contre, le président du jury aurait souhaité découvrir ici l’idéaltype de ces familles, afin de mieux saisir les bénéfices co-latéraux de ces pratiques sur la vie familiale.
Il poursuit avec quelques questions. « L’éducation prénatale est la science » (p. 230) est un titre qui met à mal le rapport de dépendance entre science et politique. Ne faudrait-il pas clarifier le sens de cette déclaration ?

Les recherches pluridisciplinaires méritent toute notre attention (p. 231). Pourrait-on dresser un inventaire suffisant de leurs résultats ?

L’impact de la mésentente conjugale (p. 293) est-il bien cerné aujourd’hui au niveau scientifique ?

À quel(s) champ(s) théorique(s) rattacher les concepts de valeur, de croyance, de pratique, d’attitude ? Peut-on, à cet endroit, construire une vision holistique à l’aide de ces concepts (p. 385) et/ou l’articuler avec la typologie des styles éducatifs des parents pendant la grossesse (p. 387) ?

La question cruciale de l’inné et de l’acquis est abordée à la page 387. Pourquoi aussi tard, alors qu’elle conditionne l’ensemble de l’approche ?

« D’autres cultures pratiquent aussi l’éducation prénatale » (p. 431). Bien que ceci ne soit pas l’objet de la thèse, au moment de conclure, un regard sur les pratiques en vogue en Occident serait le bienvenu, suite au fait que la culture coréenne présente de multiples points communs avec la culture de l’Europe de l’Ouest.

Le nombre de questions posées par le jury montre bien l’intérêt que présente le travail de E. Cheon-Pavageau. Le président précise encore que le travail réalisé est de qualité et que les réponses de la candidate sont appréciées par les membres du jury.

Le jury s’étant retiré et ayant délibéré, a décidé de conférer à Madame Estelle Cheon-Pavageau le grade de Docteur de l’Université de Nantes, avec la mention « très honorable » à l’unanimité du jury. Elle est encouragée à poursuivre cette étude et à publier.

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