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ÉCOLOGIE ET SENS DE LA FORMATION ET DE LA RECHERCHE

jeudi 24 novembre 2011, par René Barbier

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Dans le cadre d’un séminaire de recherche portant sur l’écologie et la formation, René Barbier expose sa réflexion sur les rapports entre écologie, formation et sens de la vie.

François Fourcade introduit la problématique du séminaire dans la perspective épistémologique du CIRPP

À chaque instant Oui

la vie s’élance vers sa racine

RB (Aphorismes pour l’avenir )

Introduction à la problématique du séminaire de recherche (François Fourcade)

Plan indicatif de l’exposé au CIRPP de René Barbier, 25 novembre 2011

Exposé oral de René Barbier (60 minutes)

Introduction

On assiste depuis quelques années (depuis milieu du XXe siècle) à un changement assez profond à analyser suivant la dialogique Yin-Yang de la pensée chinoise.

Yang ou écologie éclipsée ou refusée pendant longtemps au XXe siècle. Prométhée avant Épiméthée (Ivan Illich, la société sans école).

Yin ou l’écologie magnifiée et idéalisée avec la deep ecology aux USA et ailleurs.

Yin/Yang ou écologie complexe assumée chez Edgar Morin à travers toute son oeuvre et un certain nombre d’intellectuels aujourd’hui, mais encore une difficulté chez les politiques restés engoncés dans leur habitus cognitif du XIXe siècle.

En fait, tout dépend de la conscience que nous avons de notre destin collectif et de notre participation à la Terre-patrie (Morin-Kern). Cela va de pair avec l’éducation et aujourd’hui la formation des adultes.

On doit donc repenser la question du rôle du formateur

1. approches du formateur

Donner du sens (à la vie) par un processus qui consiste à "devenir un être humain" car on ne devient un être humain que par une élucidation du sens de l’existence en relation avec les autres et le monde.[[René Barbier, 1998, Parole éducative et sujet existentiel)

Sous cet angle, le formateur :

- n’est pas seulement un instructeur (technique)

- n’est pas seulement un enseignant qui consiste à mettre une marque (diplôme) à partir d’un cursus déterminé par d’autres (hétéroformation)

- le formateur est celui qui permet de donner (se donner) une forme (symbolique). Mais il est aussi celui qui met en œuvre un esprit critique par rapport à cette élaboration de forme

* pourquoi telle forme plutôt que telle autre ? qui le décide, selon quelle procédure ? qui propose le cursus, où sont les intérêts ? Toute forme est éphémère mais on veut trop souvent maintenir la permanence d’une forme donnée en fonction des privilèges hérités ou acquis.

- qu’est-ce qu’une forme : physique, sociale et institutionnelle (groupes, organisation), symbolique et psychique (les valeurs, les symboles, les mythes)

* Une forme correspond au déploiement de l’énergie. Un philosophe Kostas Axelos parle de "la poéticité du jeu du monde" et d’une « éthique problématique » dans « le jeu du monde ».

* Une forme correspond au ren en Chine ancienne avec Confucius : vers le junzi, - l’homme de bien - qui vit la vertu d’humanité

* Une forme peut être l’ « honnête homme » cultivé du la philosophie des Lumières (Progrès, Raison, Sciences) : c’est le savant, le philosophe. Pic de la Mirandole, les Encyclopédistes puis les philosophes de profession, jusqu’à la déconstruction après Nietzsche et les philosophes français (surtout Jacques Derrida)

* De fait, la forme contient le sens : le medium est le message. (Marshall Mac Luhan) mais c’est le sens (direction, finalité) qui détermine la forme et non, simplement, l’agencement structural des éléments (le "code" et sa "violence structurale" comme dit Jean Baudrillard).

Dans la question de la formation, c’est l’éducation qui dit le sens, à partir de deux acceptions

* Educare : nourrir (matériellement, intellectuellement, spirituellement)

* Educere : conduire hors de (accompagner autrui en dialoguant sur le sens de la vie comme l’esclave pédagogue grec : Aristote précepteur d’Alexandre le Grand, Sénèque précepteur de Néron ou encore Épictète le boiteux, esclave d’Épaphrodite, un affranchi de Néron et maître cruel qui lui cassa la jambe)

En fait l’éducation est le terme englobant

- finalité vision projet-visée, d’Ardoino, incertitude, indétermination, complexité

- signification cohérente : la constitution d’ensemble « ensidique » dont parle Cornelius Castoriadis, sous la logique des magmas et à partir du Chaos-Abîme-Sans-Fond. Faire émerger de l’intelligibilité par des interprétations du Réel-Monde (non symbolisable en dernière instance) dont les formes sont, pourtant, des phénomènes variées et variables, éphémères, sous les noumènes kantiens qui échappent à la raison

- sensorialité : inscription corporelle de l’esprit de Francisco Varela, place du corps (pulsions, émotion, affect). Reconnassance de "la peau et le toucher" (Ashley Montagu)

Ouverture sur la mystique, la transe : ce n’est pas le dieu des philosophes comme dit Pascal.

2. Le formateur est au carrefour de trois pôles et sa compréhension relève de

la problématique de l’approche transversale (René Barbier, 1997)

- pulsionnel-personnel (dans la nature)

- social et institutionnel (les autres et leur organisation)

- sacral et spirituel (besoin de dépassement et de se sentir englobé dans une totalité qui dépasse le sujet et lui donne du sens. Un avant goût dans la première matrice périnatale de Stanislav Grof) dans le processus de la naissance.

3. La dimension écologique relève de ces trois pôles

- pulsionnel car le corps de chaque être vivant fait intégralement partie de la Nature depuis ces microéléments jusqu’à son organisme le plus complexe

- social et aujourd’hui avec l’évidence de l’influence de la technologie planétaire (ex informatique, neurosciences) qui oblige la philosophie à s’ouvrir au monde scientifique et technique : importance du philosophe japonais Tomonobu Imamichi et de son écoethique qui conduit à la reconnaissance de l’esthétique pour penser la technique (ce qu’il nomme la calonologie) (voir "l’éco-éthique de Tomonobu Imamichi", ouvrage collectif, s/dir P-A Chardel, B.Reber et P.Kemp, Éditions du Sandre, 2009).

On assiste ainsi à une montée inéluctable de l’éthique écologique au delà des idéologies qui relèvent d’un paradigme du XIXe siècle.

- sacral en termes surtout de nouvelle sagesse de l’être humain dans le monde (Yin/Yang) qui doit surtout réguler son action en fonction d’une totalité vivante et interdépendante

La crise actuelle est la résultante d’une ignorance de ce processus et de l’acharnement à demeurer immobile dans ses acquis.

Pour approfondir ces réflexions, voir les textes sur l’éducation de René Barbier en ligne


à venir : l’exposé de Dominique Cottereau et les débats du chercheur collectif

Illustration, tableau de Clark Goolsby

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