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Savoir-Agir, non-savoir et non-Agir dans la recherche-action contemporaine

samedi 18 décembre 2010, par René Barbier

Cet exposé-discussion a été improvisé lors d’une rencontre de notre groupe de recherche CIRPP le 16 décembre 2010 en retentissement et à partir d’un exposé théorique de Marlis Krichewsky, membre du CIRPP et doctorante en sciences de l’éducation à l’université Paris 8

J’entends présentement crier de tous côtés : "Ne raisonnez pas !

L’officier dit : "Ne raisonnez pas, exécutez !"

Le financier (le percepteur) : "Ne raisonnez pas, payez !"

Le prêtre : "Ne raisonnez pas, croyez !"...

Il y a partout limitation de la liberté.

(Emmanuel Kant / 1724-1804 / Qu’est-ce que les Lumières ? / 1784)

Problématique :

Les recherches en sciences sociales et humaines s’arrêtent trop souvent à la question d’une élucidation relative de l’action, de l’AGIR.

La recherche-action n’échappe pas à cette dominante logique dans nos sociétés tant l’emprise est puissante.

Quel que soit le type de recherche, le but consiste à produire de la connaissance.
Certes, dans la recherche-action la production de la connaissance se fait en co-construction, en collaboration, en co-formation, entre chercheurs théoriciens et hommes et femmes de terrain (praticiens réflexifs) au sein du "chercheur collectif".
La recherche-action existentielle insiste aussi sur l’importance de l’affectivité et de l’imaginaire dans la production même de cette connaissance.

Mais cette logique est celle de l’identité. Elle pose d’emblée que la non-agir est trop contradictoire pour être pris en compte dans la réflexion sur l’action. Du même coup elle exclut l’approche authentique de la complexité du Réel dont la part d’inconnaissable et de non symbolisable nous angoisse.

La position kantienne met au placard, sous la nomination de noumènes, cette part d’inconnaissable et s’oriente complètement vers ce qui peut être nommé et rendu intelligible. Celle de Spinoza par contre parle de subtance et Maître Eckhart de déité sous tous les vocables de dieu en proposant une voie d’approche "apophatique" qui procède par évidement. Krishnamurti, dans la même veine, proche de tous les penseurs qui insistent sur la non-dualité de ce qui est, met en acte dans ses dialogues avec les gens, un type de voie apophatique.

Jusqu’à la fin des années quatre-vingt dix, j’ai successivement théorisé la recherche-action sous l’angle de la recherche-action institutionnelle (plus politique et historique), puis, à partir des années quatre-vingt, de la recherche-action existentielle en réintroduisant le sensible et la complexité.

Depuis le début des années 2000, j’approfondis un troisième type de recherche-action que je nomme transpersonnelle dans le champ d’une spiritualité laïque qui demeure agnostique en relativisant toute croyance a priori.

Cette recherche-action transpersonnelle met l’accent sur le non-agir et le non-savoir à côté du savoir et de l’agir. Elle rencontre une dynamique propre à l’émergence de la conscience noétique.. Elle tente de répondre à la question "qu’est-ce qui nous fonde ?"

Il me semble de plus en plus que comprendre un être humain - surtout aux prises de "situations-limites" (Karl Jaspers), consiste à saisir le sens par une dialogique entre l’agir et le non-agir, les savoirs et le non-savoir.
Je propose sur ce point une dialogique entre ces deux pôles en termes d’actualisation et de potentialisation irréductible à toute compréhension.

Lorsque le savoir est actualisé, le non-savoir est potentialisé (mais ne disparaît jamais). Lorsque le non-agir est actualisé, l’agir est potentialisé.

Cette approche, influencée par la pensée de Stéphane Lupasco (cf.B.Nicolescu), me conduit à dire que la régulation de cette dynamique dialogique nous amène à un point d’être pour comprendre que je nomme état T de mi-actualisation et de mi-potentialisation (avec Lupasco dès lors qu’il envisage la "troisième matière", celle de l’esprit après celle de la physique dominée par l’homogénéisation, la biologie dominée par l’hétérogénéisation).

écoutez l’exposé (50 minutes)

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