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Pour en finir avec les malentendus provoqués : de la recherche-action "existentielle"

mercredi 17 mars 2010, par René Barbier


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Pour un certain nombre d’intellectuels qui défendent leur pré-carré comme d’autres leur forteresse vide, il est de bon ton stratégique d’invalider une pensée sans l’avoir lue et encore moins reconnue. Depuis longtemps Edgar Morin en a démontré la logique interne que Jean-Paul Sartre pourrait appeler la « mauvaise foi » des « salauds ». C’est malheureusement le cas en sciences sociales et en sciences de l’éducation pour quelques personnes bien en place dans le système de pouvoir institutionnel. Nombre de mes docteurs en sciences de l’éducation, pourtant crédités d’une mention la plus haute pour leurs travaux de recherche, souffrent de cette hostilité larvée et tartuffienne. Ils n’arrivent pas à se faire qualifier par le CNU sous prétexte qu’un membre soi-disant expert leur attribue le qualificatif de « spirituel » en référence avec ma conception du monde.

Evidemment, ces gens n’ont jamais lu ce que j’ai écrit ou, alors, ils sont vraiment de tristes imbéciles heureux.

Pour eux la « recherche-action existentielle » est « spirituelle », c’est à dire, à leurs yeux, dotée d’une tache rédhibitoire , une sorte de merde intellectuelle qui invalide tout propos réflexif.

Je n’ai pas ce sens de la violence symbolique (et matérielle pour ses effets en termes de carrière).

À ce sujet je veux dire deux choses :

- Premièrement que je n’ai aucune prévention à l’égard de la dimension « spirituelle » de l’existence parce qu’elle fait partie, à mon avis, tout simplement de l’aptitude du cerveau à retentir, de façon encore inexpliquée, en grande partie, par la science, à un autre niveau de réalité que celle, habituelle et immédiate, de la perception. Mais, sur ce plan je reste avec un esprit ouvert et critique, à la manière d’un Dalaï Lama qui depuis plus de dix ans, au sein de là Fondation Life and Mind, dialogue avec des scientifiques de haut rang [1].

- Mais surtout, deuxièmement, parce que ma conception de la vie, aujourd’hui, est plus proche d’une philosophie dite de « spiritualité laïque » comme en parle André Comte-Sponville ou comme Albert Camus pouvait la ressentir.

L’adjectif « existentielle » qualifiant ma recherche-action veut dire que je ne suis a priori, à la fois ni matérialiste, ni spiritualiste.

Contrairement à ceux qui s’enlisent systématiquement dans un « ou bien, ou bien » en fonction d’une pensée aristotélicienne draconienne (ou bien on est matérialiste, ou bien spiritualiste et rien d’autre (tiers exclu)), et par delà le « dilemme », j’accepte de réfléchir avec le tétralemme à la fois platonicien et asiatique (catuskoti en sanscrit, développé dans la pensée bouddhique par Nagarjuna) : ni ceci, ni cela, tout en acceptant paradoxalement, le « et ceci et cela ». et sans renier également le « soit ceci, soit cela »

Existentiel pour moi signifie avant tout le face à face, la rencontre intersubjective, l’importance d’une reconnaissance de l’affectivité et des émotions, l’impact de l’inconscient pas seulement freudien dans nos opinions et nos pratiques sociales, le sens de la vie et de la mort, de l’enracinement et de l’arrachement à nos territoires intimes, la place inéluctable du conflit intrapsychique et psychosocial dans l’existence.

Existentiel reflète une méfiance à l’égard des formulations globalisantes à la Sirius, d’autant plus enfermantes qu’elles sont loin des réalités minuscules mais essentielles du terrain. Elles permettent de jouer le jeu des intellectuels : la jouissance dans la production de systèmes de pensée blindés de concepts tranchants comme des lames de rasoirs dans la chair vive de la réalité [2]

Existentiel veut dire qu’il est nécessaire d’approcher la réalité (c’est à dire la construction mentale que l’on accroche à ce Réel « non symbolisable » comme dit Jacques Lacan, à ce « Réel voilé » dont parle le physicien des hautes énergies Bernard d’Espagnat) dans une perspective de la complexité, comme postulat de base proposée par Edgar Morin dans « La Méthode » (6 tomes). Il s’agit bien d’un postulat, c’est-à-dire d’une croyance. Mais tout est croyance dans le domaine des fondements de l’interprétation, même l’athéisme, comme le reconnaît, lucidement, André Comte-Sponville tout en soutenant un athéisme d’ouverture pour la philosophie. Ce n’est pas l’auteure de « cet incroyable besoin de croire » (Julia Kristeva) qui le déniera.

Existentiel, en fin de compte, veut dire que le chercheur accepte un rapport à l’inconnu de la connaissance, au non-savoir fondamental, sans négliger son désir de savoir toujours tragiquement mis à mal. Il est le contraire du dogmatique, du thuriféraire de la certitude, du trouveur absolu de la Vérité, de l’ayatollisme en sciences humaines. S’il propose du sens, ce n’est jamais qu’en tant que « prêt de sens » comme l’affirme Jacques Ardoino. Un « prêt » sans intérêt que chacun peut ou non s’approprier pour en faire quelque chose dans son propre devenir existentiel. C’est dire qu’il est loin des petites minauderies et vanités du monde académique. Et si, comme je le fais actuellement, je réponds un peu vertement aux mensonges orchestrés, c’est avant tout pour parler au nom de mes étudiants qui m’ont fait confiance et dont, tous, ne sont en rien des « disciples » comme l’a affirmé l’un des « experts » béotien du CNU [3]

Sachez « chers Collègues » (comme on dit dans l’hypocrite code de bons rapports d’usage académique) que j’ai toujours fonctionné avec mes étudiants à partir de cet aphorisme du poète argentin Antonio Porchia : « Je t’aiderai à venir si tu viens, et a ne pas venir si tu ne viens pas » en ajoutant « et à partir dès que tu en as envie », y compris pour poursuivre des travaux de recherche avec un autre directeur de recherche.

Avis aux "Experts" quelque peu éducateurs : Philippe Filliot, docteur en Sciences de l’éducation et agrégé d’arts plastiques, formateur à l’IUFM de Reims, qui a repris mon cours en ligne à l’IED de l’université Paris 8 sur "questions sur l’éducation" nous offre chaque année une synthèse de ce que les étudiants peuvent retenir de cet enseignement pour leur propre formation existentielle :

voir en ligne la suite des Abécédaires


Dessin de Plantu


[1également Mind and Life Institute, wikipedia, , page web vue le 13-03-10 et les publications : Mind and Life I (1987) : Passerelles, entretiens avec des scientifiques sur la nature de l’esprit], Albin Michel 1995, Poche : Albin Michel 2000, Mind and Life II (1989) : Le Pouvoir de l’esprit, Entretiens avec des scientifiques, Dalaï Lama XIV, Editions Fayard, 09/2000 ou Pocket n°12583 Mind and Life III (1990) : Quandl’esprit dialogue avec le corps, Daniel Goleman, Editeur Guy Trédaniel 11/1998 Esprit-Science. Dialogue Orient-Occident, éd. IV (1992) : Dormir, rêver, mourir, explorer la conscience avec le Dalaï Lama, Francisco Varela, Claude B.Levinson, Claire Lumière,1993, 2e ed, 1999. Mind and Life Nil éditions 1998. Mind and Life VIII (2000) :Surmonter les émotions destructrices, Un dialogue scientifique avec le Dalaï Lama , DalaïLama, Daniel Goleman, Editeur Robert Laffont, 10/2003 ou Pocket n°12331

[3Cet expert statisticien de formation "évaluant" une recherche à dominante subtilement philosophique ! (mais qui décide donc de la distribution des dossiers dans cette instance ?) illustre, en fait, la tendance actuelle depuis quelques années à contrôler et non évaluer, d’une façon bibliométrique obsessionnelle, en liaison avec la violence symbolique de l’idéologie managériale hypermoderne d’influence nord-américaine, à classer et domestiquer les chercheurs selon une normativité dominante appropriée au néolibéralisme contemporain. Sur cette problématique voir le lumineux article de Roland Gori et Marie-José Del Volgo, L’idéologie de l’évaluation : un nouveau dispositif. de servitude volontaire, Nouvelle Revue de Psychosociologie, La passion évaluative, sous la direction de Gilles Amado et Eugène Enriquez, N°8, automne 2010, ed ERES, 231 pages, pages 11-26. Le livre-clé de notre évaluateur du CNU pour comprendre quelque chose à la clinique ou à la philosophie traite des thèmes suivants : Principes, applications et interprétations de différentes techniques de modélisation statistique, classiques ou avancées, linéaires ou non linéaires, incluant les modèles par les moindres carrés ordinaires, les modèles logit (logistiques), les modèles multiniveaux (hiérarchiques). Méthodologie progressive, avec de nombreux exemples Logiciels utilisés : MLwin et SAS (transposable en SPSS). Illustré par des tableaux et des captures d’écrans. Destiné aux étudiants et chercheurs en sciences de l’éducation, économie, psychologie, STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), méthodologie statistique, sociologie, démographie, géographie, agronomie et biologie. On le voit, c’est vraiment faire preuve d’un remarquable compétence dans la possible appréciation du phénomène humain !!

Messages

  • Cher René,
    Ça va mieux en l’entendant dit ou en le voyant écrit. Merci pour cette mise au point et pour cette réflexion partagée autour du mot "existentiel" !

    Avec la recherche ronronnante, consacrée et consacrable, il en va comme avec la peinture académique ou la pensée unique en politique : c’est mortifère à la longue !

    Pour moi, l’existentiel concerne toujours le "vif du sujet" ou le vif de la relation entre sujets... quand on est touché par une idée, par la beauté, par le désir ou par l’amour par exemple. Sans cet "être touché" il n’y aurait pas d’art, pas d’éducation, pas de société et évidemment pas de science. Vouloir exclure cette dimension (en même temps que le sujet je suppose), conduit à l’assèchement et à la désertification même de la Science, car "on ne travaille que ce qui nous travaille" comme on dit. Je pense que cela est même vrai en sciences dites dures.

    Amitiés, Marlis K.

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