Le Journal des Chercheurs

Accueil > Le JOURNAL des Chercheurs > Groupe de recherche "Asie" > « L’ÉDUCATION A LA JOIE : UN EXEMPLE D’ ÉDUCATION INTÉGRALE (...)

« L’ÉDUCATION A LA JOIE : UN EXEMPLE D’ ÉDUCATION INTÉGRALE DANS LES ÉCOLES D’AUROVILLE (INDE) »

Rapport sur la thèse de Sciences de l’éducation soutenue le 13 décembre 2008 à l’université Paris 8

lundi 28 septembre 2009, par René Barbier

Jury :

Prof. René Barbier, Université Paris VIII, directeur de thèse, Laboratoire Experice. Ecole doctorale « Sciences sociales ».
Prof. Jean-Louis Le Grand, Université Paris VIII, Professeur en Sciences de l’éducation
Prof. Jeanne Mallet, Université de Provence, Département Sciences de l’éducation (pré-rapporteur)
Prof. Basarab Nicolescu, Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca (Roumanie), Faculté d’Etudes Européennes
Prof. Paolo Orefice, Université de Florence (Italie), Département Sciences de la formation (pré-rapporteur)

René Barbier (Université de Paris8), directeur de recherche connaît l’innovation pédagogique à Auroville depuis longtemps. Aujourd’hui avec Madame Antonella Verdiani, il retrouve donc un ancien objet de connaissance.

René Barbier a rencontré Madame Antonella Verdiani il y a plus de six ans. Elle était alors chef de service d’éducation à la paix à l’UNESCO. C’est par rapport à son intérêt pour cette question de la violence et de la paix en éducation que nous nous sommes entretenus et que nous avons commencé à travailler ensemble, notamment dans le cadre d’un DEA en Sciences de l’éducation. D’emblée, elle était très ouverte à l’interdisciplinarité et à la transdisciplinarité. L’approche transversale qui s’y rattache par le biais de la recherche sur la pluralité de l’imaginaire et de l’écoute sensible l’a séduite. Ainsi ils se sont engagés réciproquement pour plusieurs années. René Barbier a accepté de faire partie, pour un temps, de son groupe de recherche-action réfléchissant sur une formation à la transdisciplinarité et, tout dernièrement encore, il lui a fait connaître un philosophe de la joie Nicolas Go qu’elle a su intelligemment intégré à sa recherche.

Comme c’est parfois le cas dans les recherches de doctorat qui demandent une implication noétique, de l’ordre d’un remaniement en profondeur du rapport de sens du chercheur à sa vision du monde propre, Madame Antonella Verdiani a évolué de plus en plus au fil des années, notamment par ses nombreux séjours en Inde à Auroville. Elle a été touchée par une nouvelle façon de vivre la reliance à soi-même, aux autres et au monde et cela a déterminé l’ orientation de son objet de recherche doctoral vers « la joie à l’école ».
La question de la joie n’est guère abordée par les chercheurs en sciences de l’éducation. Notre discipline relève plus des sciences sociales que de la philosophie de l’expérience et elle insiste plus sur des objets de connaissance en rapport avec les rapports sociaux et l’économie, notamment aujourd’hui. Sans doute faudra-t-il encore beaucoup d’années avant de constater une ouverture des chercheurs vers la thématique de la joie à l’école, qui est pourtant très présente dans les pédagogies nouvelles depuis longtemps.

René Barbier note avec un peu d’humour, que c’est un ancien universitaire marxiste de la Sorbonne, par ailleurs critique à l’égard des pédagogies non-directives, Georges Snyders, qui a – le premier – parlé de la joie à l’école dans plusieurs ouvrages aux PUF.

Ce sont avant tout les philosophes qui ont parlé de la joie, mais vraiment pas les philosophes de l’éducation, mis à part Nicolas Go. René Barbier a découvert la question de la joie en philosophie essentiellement chez Spinoza, par le biais de son disciple contemporain Robert Misrahi. En approfondissant depuis des années la vision du monde en Asie, notamment l’approche de la non-dualité à travers l’advaïta Vedanta, le taoïsme, le bouddhisme, et le confucianisme, la thématique de la joie dans la plus subtile simplicité lui est devenue familière.

Selon René Barbier, Madame Antonella Verdiani nous ouvre le chemin d’une reconnaissance de cette problématique dans l’enseignement. Elle nous en donne les prémisses dans une approche de certaines pédagogies liées aux écoles nouvelles, mais c’est en Inde, à Auroville, qu’elle va découvrir son implantation plus assurée. Sa recherche traite de l’état de joie et bien-être à l’école. Elle se compose de quatre parties. Une première introduit la thèse à partir du positionnement personnel de la chercheuse. La seconde parcourt les différents concepts théoriques issus de la philosophie de l’éducation sur laquelle la thèse se base. La troisième illustre la méthode choisie et rentre dans la restitution des données issues de l’enquête de terrain. La quatrième enfin, tire les conclusions sur la base des résultats récoltés et propose des lignes préliminaires pour l’élaboration d’une nouvelle approche éducative à la joie.

Le propos de René Barbier n’est pas de présenter sa recherche. Elle vient d’ailleurs de nous en faire l’énoncé dans son exposé de soutenance. Il lui a déjà demandé d’en faire une synthèse en une trentaine de pages, comme à tous ses doctorants, et il l’a publiée sur le site du « journal des chercheurs ». Il lui paraît plus intéressant de se poser, avec elle, quelques questions à propos de sa manière d’interpréter ses données.

D’abord il me faut signaler que sa recherche comprend deux moments différents.
Le premier s’appuie sur un projet de recherche-action : réaliser un « chercheur collectif » destiné à expérimenter et à réfléchir sur la possibilité d’une formation actualisée à l’approche trasndisciplinaire. Pendant deux ans environ, Madame Antonella Verdiani a animé, parfois sans vraiment le vouloir réellement, un groupe ad hoc en vue de cette expérientialité éducative. Elle nous le relate dans sa thèse et nous en montre les limites.

Le deuxième moment résulte de sa recherche sur le terrain à Auroville, de l’échec d’une possibilité de recherche-action là-bas sur la formation des enseignants, malgré le souhait de certains, et sa centration sur la question à la fois philosophique et pédagogique de la joie à l’école. Ce faisant, la problématique de la mise en oeuvre difficile de la transdiciplinarité comme objet principal de recherche a été mise de côté au profit de la question d’une possibilité de réalisation de la joie, concrètement, au travers des innovations pédagogiques dans les écoles d’Auroville.

Madame Antonella Verdiani apparaît très impliquée dans son objet de connaissance. La conclusion de sa thèse est une sorte de construction d’une philosophie de l’éducation dont l’axe serait justement cette orientation de la joie d’être dans et par l’école.

La question de René Barbier a trait à cette implication. En quoi cette implication à mettre en lumière une telle possibilité éducative, semble-t-elle réalisée à Auroville, a-t-elle ou non empêché Madame Antonella Verdiani de mettre en question les produits, les pratiques et les discours des acteurs d’Auroville ? La « bonne distance épistémique », jamais réalisée comme dit son collègue Jean-Louis Le Grand, a-t-elle été installée ou était-ce trop difficile ?

Par exemple la notion souvent affirmée par les acteurs de « professeurs « guru », guide », ne demande-t-elle pas à être questionnée en termes pédagogiques, sous l’angle de la théorie de la violence symbolique de Pierre Bourdieu ? Ou, peut-être, avec la notion de « maître ignorant » de Philippe Jacotot (1770-1840), ce pédagogue de la fin du XVIII°e début XIX° siècle, dont nous entretient Jacques Rancière et qui démontre de facto la nécessité d’une égalité fondamentale reconnue entre le maître et l’élève, comme l’absence de besoin d’enseignant pour apprendre ? Le professeur-guide, comme « éveilleur », ne doit-il pas être questionné également sous l’angle psychanalytique devant le risque d’une inflation du moi par des personnalités narcissiques faussement intégrées et soi-disant « réalisées » ?

Sur un autre plan l’image symbolique quasi permanente de la « Mère » auprès des enseignants d’Auroville n’a –t-elle pas à être discutée par une éclairage sous l’angle du « phénomène-autorité » de Gérard Mendel ou encore du processus d’autorisation (devenir son propre auteur) de Jacques Ardoino ?

Si l’idée-clé de liberté est à la base de la pédagogie du « libre progrès » d’Aurobindo et de Mère à Auroville, ne faudrait-il pas, quand même, resituer cette inclination axioloque dans le contexte historique de l’individualisme post-moderne ? On sait qu’en économie, le prix Nobel Amirtya Sen a fondé sa critique de l’économie contemporaine à partir d’une reconnaissance nécessaire de cette dimension de liberté, dans un souci pragmatique et bien en phase avec l’air du temps. Par ailleurs, naguère les critiques à l’égard de la pédagogie de A.S.Neill à Summerhill, où celles à l’encontre de Carl Ransom Rogers sur la « non-directivité » (notion qui lui a été faussement attribuée) comme celles, plus contemporaines, de certains républicains du savoir à l’égard des pédagogies actives, recevables potentiellement à l’égard de la pédagogie du libre progrès, ne doivent-elles pas être également examinées pour être éventuellement réfutées ? Que pourrait dire Alain Finkielkraut d’une telle pédagogie du « libre progrès » et est-ce que Philippe Meirieu, son contradicteur implacable, pourrait assumer la défense ?

René Barbier soulève toutes ces questions pour interroger celle de la distanciation dans le cas d’un chercheur impliqué et presque militant d’une pédagogie active mais non pour invalider les thèses défendues par Madame Antonella Verdiani. » Chacun sait que je suis très proche de cette pédagogie de la joie » affirme-t-il..

René Barbier conclut son exposé ainsi : C’est d’ailleurs le grand mérite et l’originalité de cette recherche en Asie, de son point de vue. Nous nous trouvons devant une thèse qui nous propose une réflexion sur ce qu’il nommera une « éducation radicale ». Peu de chercheurs en Sciences de l’éducation avaient déjà suivi cette orientation de recherche, selon leur propre chemin, mises à part quelques uns de ses étudiants. L’éducation radicale s’appuie sur l’éducation intégrale d’Auroville mais en saisit la fine fleur, celle qui touche au noyau ontologique : qu’est-ce qu’un être humain dans cet entre-deux : entre essence et existence, entre transcendance et immanence, au sein d’une spiritualité que l’on peut définir comme laïque, avec André Comte-Sponville, mais dont l’imaginaire de la croyance semble indéracinable comme le pense Julia Kristeva ? comment le faire advenir réellement, avec quelle aide véritable dans la mesure où cette radicalité doit être le fait d’une expérience personnelle avant tout ? On sait que Krishnamurti a centré sa réflexion et ses interrogations permanentes sur cette problématique. Mais il nous inquiétait véritablement lorsqu’il nous imposait cette interpellation : « qui va éduquer les éducateurs ? » Qui peut, en effet, susciter chez l’autre, l’émergence et l’accomplissement d’une éducation, radicale s’il n’est lui-même véritablement un « éveilleur » c’est à dire une être « éveillé » et s’éveillant d’une manière inachevée, un « sage » en fin de compte, cette sagesse qui demeure à jamais le point d’horizon de la philosophie comme méditation silencieuse.

Le professeur Basarab Nicolescu de Babes-Bolyai à Cluj-Napoca Roumanie intervient.

Pour lui le grand mérite de cette thèse de 308 pages est d’avoir consacré seulement trois pages aux conclusions ("Ouverture de conclusions"). La démarche de Antonella Verdiani est véritablement transdisciplinaire : elle ne donne aucune recette pour répondre à la question qui semble évidente :" comment appliquer l’éducation à la joie ? ". Tout simplement, i l n y a pas de solution unique : l’éducation à la joie ne sera pas la même en France, en Inde, en Afrique du Sud ou en Russie.

Un des grands mérites de cette thèse est sa forte composante transdisciplinaire. Le fait remarquable est que l’écriture même de la thèse est transdisciplinaire. Antonella Verdiani ose dire ’Je", ce qui est plutôt inhabituel dans une thèse de doctorat. Elle intègre sa subjectivité, son expérience intérieure comme un argument majeur de l’éducation à la joie. Ceci est très positif. Cette attitude implique une revalorisation de la subjectivité, car elle concerne précisément la relation entre Sujet et Objet.
Le rôle qu’ Antonella Verdiani accorde à I’attention comme élément primordial de la
Connaissance dans les pages dédiées à Sri Aurobindo, et, en particulier, dans les pages 86-87, est aussi à souligner. Il ne s’agit pas ici de I’attention dans le sens familier de ce mot - "prêter attention à quelque chose". Il s’agit, en fait, d’une haute capacité de I’esprit humain, de nature mystérieuse, car elle dépasse le cerveau humain : une attention qui nous traverse. Rien faire signifie ici "laisser se manifester cette attention à travers nous". C’est cette attention qui donne sens à l’éducation à la joie. C’est un aspect qu’ Antonella Verdiani devrait développer dans ses recherches ultérieures.

Je souligne aussi la lucidité d’ Antonella Verdiani. Elle nous présente, dans sa thèse, des considérations critiques pertinentes concernant les diverses expériences éducatives, celle d’Auroville incluse (voir, par exemple, le témoignage de I’enseignant dénommé "Croquette" (p.298-303).

La texture transdisciplinaire de l’écriture de cette thèse est manifestée aussi par le fait que le texte d’ Antonella Verdiani peut se lire à plusieurs niveaux de compréhension : le niveau des sciences de l’éducation, le niveau philosophique et le niveau spirituel. Cette navigation entre les trois niveaux différents de compréhension induit une tonalité très intéressante et féconde.

Enfin, I’inclusion d ’une" Sitographie", complémentaire de la Bibliographie, est fort utile.

En conclusion, c’est une thèse brillante, bien rédigée, animée par un esprit créateur
Indiscutable Cette thèse pourrait certainement faire l’objet, après quelques modifications de contenu et réduction du nombre de pages de la publication d’un livre.

Mme Jeanne Mallet-Montel, professeure de Sciences de l’éducation à l’Université de Provence, second rapporteur, rappelle que la recherche présentée sur « l’éducation intégrale, comme possible voie à l’état de joie et de bien-être à l’école » se compose de quatre parties. Une première introduit la problématique de la thèse à partir du positionnement personnel du chercheur, de ses valeurs, de son questionnement. La seconde présente les différents concepts théoriques issus de courants spécifiques en philosophie de l’éducation (et « l’éducation nouvelle »), courants philosophiques que l’auteur a choisis pour fonder et éclairer sa démarche de recherche. La troisième partie explicite la méthodologie choisie et présente les données issues des observations de terrain. Enfin, la quatrième partie tire les conclusions sur la base de l’interprétation des résultats et propose des orientations pour l’élaboration « d’une nouvelle approche éducative à la joie ». Le lecteur est guidé, de chapitre en chapitre, par une construction du raisonnement très structurée.)

Selon Jeanne Mallet, le point fort de ce travail de thèse porte sur un excellent et assez long développement de la problématique pratique et théorique (plus de 135 pages), bien référencée et argumentée, sur un sujet original, voire sensible, qui s’appuie néanmoins avec rigueur sur les thèses et les travaux du laboratoire de recherche de son directeur de thèse René Barbier.

On doit noter à ce sujet la grande pluralité (et l’angle international) des références aussi bien théoriques (sur « transdisciplinarité » et « joie ») que relatives à un examen critique des mouvements d’éducation « alternatifs », basés pour l’essentiel sur une vision plus « intégrale » (et intégratrice), « holistique », « globale » (visant aussi à l’endiguement des frustrations et des violences à l’école). Cette thèse plaide en effet non seulement pour une intégration des disciplines (transdisciplinarité), mais également pour l’intégration de pratiques artistiques et corporelles (sport, danse etc.) et enfin celle d’une dimension spirituelle de « l’esprit », dans la droite ligne des propositions de « spiritualité laïque » de l’équipe de recherche de René Barbier. Cette dernière dimension engageant l’apprenant dans le développement de ses qualités humaines : conduite éthique, responsabilité vis à vis de lui-même et vis à vis d’autrui, générosité, endurance et in fine « joie ».

On perçoit dans ce travail la trajectoire personnelle (et l’engagement) de l’auteur, Antonella Verdiani, d’origine italienne, 50 ans, qui après de solides études classiques d’architecte, a travaillé plus de 15 ans à l’UNESCO ( Paris), pour ensuite se consacrer à ce parcours de recherche, aussi bien scientifique que personnel. Les références solides à des courants philosophiques occidentaux (aussi divers que B. Spinoza, G. Deleuze E. Morin, F. Varela, B. Nicolescu, J. Ardoino et G. Snyders, pour ne citer que quelques uns) maintiennent un équilibre harmonieux avec les références portant sur les courants philosophiques orientaux (Sri Aurobindo, Krishnamurti, le Dalaï Lama, M. Ricard…).

La partie méthodologique de la thèse (105 pages) est pour l’essentiel qualitative, axée sur des observations de terrain (le Centre international d’éducation à Auroville, Pondichéry, Inde). Selon Jeanne Mallet, cette partie est traitée avec soin (interprétation des résultats, par ailleurs présentés en annexe) et donne toute satisfaction. Enfin, la bibliographie témoigne d’une culture spécifique, néanmoins riche et plurielle (une centaine d’ouvrages).

Selon Jeanne Mallet, cette recherche est particulièrement originale et représente un grand intérêt pour « l’éducation intégrale, comme possible voie à l’état de joie et de bien-être à l’école ». Selon elle, le titre aurait toutefois pu être élargi à « éducation par la joie, éducation à la joie », tant le second terme renvoie, pour tout être, à un parcours difficile et de maturité, et à un accompagnement de très grande qualité (enseignants formés et acquis aux enjeux).

Pour Jeanne Mallet, l’ensemble de ce travail de recherche est bien conduit et construit. Il suit une logique rigoureuse, sur des sujets prêtant certainement au débat. Jeanne Mallet interroge la candidate sur les enjeux de la formation des maîtres dans ce contexte et lui demande les recommandations qu’elle préconiserait. La candidate répond de manière très satisfaisante aux remarques et questions. Jeanne Mallet félicite la candidate pour la clarté de ses réponses et globalement sur sa présentation orale traduisant, selon elle, un très bon recul critique sur les travaux entrepris dans le cadre de cette recherche.

Mr Paolo Orefice, Professeur en Sciences de l’éducation à l’Université de Florence (Italie) intervient en tant que second prérapporteur.

Dans la thèse de Mme Antonella Verdiani, la valeur subjective de la recherche du sens se croise avec la valeur objective de la recherche d’une éducation qui puisse réunifier l’enfant, l’école, l’adulte dans le rapport avec les autres, avec le monde. C’est dans tel contexte qui est posée la question d’aller au-delà des fragmentations des connaissances, de l’être humain ainsi que de sa conscience, en relation avec le complexe problème de la violence de et à l’école, et de chercher l’unité transdisciplinaire qui s’annonce dans l’éducation à la paix. Les modèles de la pédagogie holistique, globale et intégrale sont ainsi analysés dans leurs aspects d’innovation, mais aussi critiqués et confrontés avec l’éducation intégrale et multidimensionnelle en Inde.

L’hypothèse pédagogique a été bien saisie dans la recherche d’une synthèse possible entre la culture occidentale et les expressions de culture orientale.

Le cadre théorique de la recherche est bien approfondi afin de pouvoir fonder de façon appropriée l’hypothèse initiale. Les deux références théoriques de l’approche transdisciplinaire et de la joie sont bien explorées d’une part du point de vue de la tradition et de l’innovation philosophique et scientifique occidentale, et d’autre part de la conception orientale de la Joie (Ananda). Le caractère « indiscipliné » de l’approche transdisciplinaire et transculturel à la joie permet de parvenir à une synergie d’interprétation, sans aucun doute nouvelle et originale, appuyée également sur les récentes recherches en neurosciences, ce qui renvoie à la question de la qualité de la vie dans le développement humain.

La troisième partie qui parcourt les phases de la recherche de terrain, présente le développement du processus de l’enquête qualitative, parti d’une hypothèse de recherche –action participative et abouti dans une recherche exploratoire avec un fort développement théorique. Elle démontre comme dans le « laboratoire d’humanité vivant » choisi, l’aspect d’éducation à joie et au bien-être soit présent dans la question de la formation des enseignants, mais aussi dans les écoles d’Auroville et Pondichéry. Celle-ci peut être considérée comme une tentative d’approcher l’utopie tout en tenant compte de ses contradictions internes, limites de chaque expérience réelle ; mais aussi comme une contribution de la pratique éducative du « Libre progrès » (et d’autres méthodes en connexion), à la formulation d’une théorie intégrée dans la vie réelle.

« Le point d’arrivée », mais aussi d’ouverture à d’autres approfondissements de la thèse, formalise une première pédagogie intégrale et transdisciplinaire d’éducation à la joie. L’hypothèse de travail, appuyée par des éléments théoriques et pratiques, arrive à la production d’un dispositif méthodologique et technique : l’éducation à la joie, par les cinq phases de la relation maître – élève, tend à la réalisation de la joie dans le corps, dans le mental et dans l’esprit en réunifiant les approches théoriques des cultures occidentales et orientales et en cohérence avec les principes de la transdisciplinarité.

La thèse est rédigée avec beaucoup de soin : le langage est bon, et l’écriture est claire et précise, la documentation et la bibliographie très étoffée. La richesse et la profondeur des thèmes traités trouvent dans la thèse une description cohérente et appuyée, qui s’étend avec sûreté à travers des disciplines diverses et dans la dimension transdisciplinaire, le tout basé sur une littérature internationale large et actuelle. La thèse s’appuie en outre sur l’importante expérience internationale de travail et de recherche, l’une et l’autre originales et innovatrices. Pour sa complexité et l’ampleur de la problématique, le travail de thèse présenté est convaincant et cohérent.

Pour conclure la thèse présente une spécificité et une originalité du point de vue pédagogique sur le plan théorique et méthodologique. Elle présente en outre des caractères innovants importants et une écriture cohérente et claire : pour toutes ces raisons, la thèse peut être publiée. La notation maximale est donc appropriée.

Mr Jean-Louis Le Grand, professeur en Sciences de l’éducation à Paris8, en tant que président du jury, a l’exercice délicat de clore les interventions des membres du jury tout en tentant de ne pas trop répéter ce qui a été avancé précédemment ou tout au moins d’en souligner les éléments les plus saillants.

Pour lui la thèse d’Antonella Verdiani est une contribution originale à l’éducation à la joie, perspective peu présente dans les Sciences de l’éducation quoiqu’amenée par des figures aussi illustres que Georges Snyders notamment. En effet les sciences de l’éducation ont tendance, comme bien des Sciences humaines à s’intéresser « à ce qui ne marche pas », aux difficultés, à l’échec, aux dysfonctionnements.
Un des grands mérites de cette thèse c’est d’apporter sur cette question de la joie un éclairage théorique sans précédent significiatif. Par ailleurs sur la question des « utopies » éducatives il constitue en langue française un apport sur l’éducation de Sri Aurobindo à Auroville en Inde.

Sans être spécialiste de la question de l’école ou des pédagogies scolaires Mr Le Grand trouve là un grand intérêt de recherche sur ce qui se dessine comme un « topos » expérimental de la pédagogie intégrale et holiste.
Le travail est très bien documenté et il est le fruit d’une culture importante. Il s’appuie sur une longue expérience à l’Unesco d’éducation à la paix.
A l’heure de la catastrophe écologique qui se met en place il y a dans cette thèse une perspective d’une pédagogie liée à une spiritualité laique prenant appui sur une perspective transdisciplinaire.

Mr Le Grand ne peut s’empêcher toutefois d’avoir un certain nombre de réserve sur l’importance du travail du négatif, de la négatricité (Ardoino) dans la réflexion pédagogique. C’est toute la question du tragique dans une philosophie de l’existence. Le parti-pris très positif de la thèse et de l’investigation du terrain a tendance à être, selon son sentiment, trop prononcé.
Par ailleurs le lien entre le travail de terrain n’est pas, selon lui, corréllé suffisamment à un recul critique mais fonctionne trop sur le mode de l’adhésion. Le lien logique entre la méthodologie mise en œuvre et les conclusions n’obéissent pas suffisament de ce point de vue aux critères de l’argumentation critique et du débat contradictoire

Il n’empêche toutefois, malgré ces légitimes critiques que le souci de réflexivité est présent avec un sens de l’honnêteté, un souci de la réflexion et une capacité d’interrogation. Ce qui fait que, suivant son titre, cette thèse constitue un apport significatif à la réflexion pédagogique.

Dans la discussion Mme Antonella Verdiani est amenée à défendre son point de vue de chercheuse avec assurance et détermination qui font montre d’une grande maîtrise de la démarche entreprise et d’une culture vraiment assimilée de la littérature scientifique.

Le jury, après délibération, accorde, pour sa thèse L’éducation à la Joie, à Madame Antonella Verdiani le titre de docteur en Sciences de l’éducation avec la mention très honorable et les félicitations du jury à l’unanimité des membres.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?