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La symbolique de l’eau

jeudi 21 juillet 2011, par Dominique Cottereau

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Madame Dominique Cotterau, spécialiste en écoformation, nous fait découvrir dans cette conférence les relations entre cet élément vital et ses multiples significations symboliques et métaphoriques
(dc@echos-dimages.com)

La dimension symbolique de l’eau

Une émission de oasis-tv-net

Intervenant(s) :

Dominique Cottereau

André Mesnard`

Jean-Claude Demaure

Description :

L’eau possède une dimension symbolique très forte, elle est ancrée dans notre culture. En s’appuyant sur cette dimension cette conférence montre en quoi l’eau peut participer à une "éco-formation".

Plan de la vidéo

Symbolique de l’eau et citoyenneté

La dimension symbolique

L’eau et ses formes dans l’imaginaire

L’eau et mouvements dans l’imaginaire

La dimension formatrice de l’eau

Une information nécessaire sur l’eau

Les représentations sociales de l’eau

La loi sur l’eau de 1964

L’eau et le traitement des polluants

L’eau et mobilisation citoyenne

Le cadre juridique de l’eau

L’eau, un enjeu publique

Le statut juridique de l’eau

L’eau et aménagement du territoire

(texte publié originellement en février 2009, réédité le 21 juillet 2011)

[la conférence est, hélas, inaccessible, comme souvent dans les sites universitaires peu responsables à l’égard des internautes, mais nous avons demandé à D.Cottereau le texte sur lequel reposait la conférence

La dimension symbolique de l’eau

Pour introduire : la problématique de l’imaginaire

Avant de commencer à développer la dimension symbolique de l’eau, je voudrais situer ce sujet dans une université d’été consacrée à la citoyenneté et au territoire. En quoi la symbolique de l’eau intéresse le citoyen et son rapport à l’élément ? Eh bien, parce que, sous-jacent à nos pensées rationnelles, à nos actes quotidiens, et donc également à nos formes de gestion environnementale, l’imaginaire occupe une place fondamentale. Prendre une douche, boire une eau de source (même en bouteille), plonger dans la mer, installer un bassin dans son jardin, se promener au bord de la rivière ... quels que soient l’action, le geste, la pensée que l’on accorde à l’eau, ses dimensions symboliques agissent à notre insu. Il n’est qu’à écouter la quantité de métaphores liées à l’eau et qui inondent notre langage le plus ordinaire, ou encore observer le choix des publicitaires lorsqu’ils ont une eau de bouteille à faire vendre... La dimension imaginaire n’est pas un auxiliaire secondaire à la pensée humaine, elle en est la matrice fondamentale.

Bien sûr, parfois elle nous fourvoie dans l’erreur et l’illusion, mais dans la plus grande part de ses fonctions elle tente de rendre intelligible le monde et la place de l’homme dans le monde. Toute pensée, toute forme de connaissance est orientée et soutenue par l’imaginaire. Créateur de liens et de sens, offrant des réponses rassurantes là où surgit l’inconnu, l’imaginaire nous attache au monde et à l’existence tout autant que nos fonctions physiologiques premières. On pourrait même qualifier l’imaginaire d’éco-logique à l’échelle anthropologique puisqu’il agit à l’interface entre les individus et leurs environnements.

Il semble même qu’il puisse être terriblement efficace dans tout projet d’éducation et de formation à l’environnement, si on voulait bien le mettre à jour, le travailler et le valoriser. Ce travail permettrait de combler le fossé que la pensée moderne séparatiste a creusé entre l’homme et la nature.

Eau formante

Le propre du symbolisme de l’eau, sa qualité essentielle, est de précéder ou de succéder à toute forme : elle est l’archétype de l’informel à partir duquel toute forme peut advenir. Et ceci en quatre dimensions (G. Durand) :

 germinale et fécondante, elle est à l’origine du monde et des êtres en même temps qu’elle fertilise la terre, la végétation et toute forme vivante se déployant à partir d’elle ;

 médicale, elle guérit et prolonge la vie : fontaines de jouvence, boissons médicinales, bains vitalisants ... qu’on boive l’eau ou qu’on plonge le corps dedans elle nous « remet en forme » ;

 au-delà de la santé charnelle, l’eau claire et transparente accueille alors toutes les images de la santé de l’âme : elle devient source de purification ; Mircea Eliade a pu relever la grande quantité de pratiques quasi universelles d’ablutions lustrales, d’aspersions ou d’immersions ;

 diluviale, enfin, c’est par le déluge que l’humanité sera purifiée ; ce dernier retour à l’informe, par l’absorption totale des eaux, est en fait le premier grand voyage qui sauvera l’humanité tout entière, l’arche de Noé symbolisant parfaitement cette positivité du déluge.

Ce symbolisme de la mise en forme est comme un soubassement à l’imaginaire de l’eau quotidiennement transporté par les différentes formes de l’eau, que ce soit dans sa capacité à épouser toutes les formes qui la contiennent que dans ses transformations permanentes en différents états (gazeux, liquides, solides). L’eau est sans doute un accompagnateur fécond des processus de formation et de transformation (P. Galvani).

Trois mouvements : jaillir, plonger, s’écouler

En regardant la multitude des images de l’eau d’un peu plus près on se rend compte toutefois de la complexité à la fois de la fonction symbolique et des résultats de la symbolisation.

En effet la symbolisation n’est ni uniforme ni totalement exprimable. Le symbole ne signifie pas clairement, il évoque, il suggère, il dévoile sans épuiser l’infini de ses possibles.

Gilbert Durand nous aide alors à percevoir une autre forme de symbolisation : celle fondée à partir des interactions que nous avons avec l’eau, interactions que l’on peut classer en trois grandes catégories : l’eau jaillissante, l’eau des profondeurs et l’eau courante.

 jaillissante, sortant de la terre (fontaines, sources, geysers ...), elle accompagne tous nos désirs et nos efforts de croissance, d’élévation, et de développement ... ce que Gilbert Durand nomme l’imaginaire diurne héroïque, qui nous aide à nous tenir debout envers et contre tout.

 à l’inverse de ce mouvement développant et verticalisant, l’eau nous entraine vers un mouvement enveloppant et intériorisant :

 l’eau que l’on boit, qui concentre en nous des images fusionnelles. Nous devenons ce que nous avalons, le milieu aquatique se répand en nous ;

 l’eau dans laquelle nous nous immergeons (corporellement ou mentalement), eau douce, feutrée, sein maternel qui nous aide à la centration, à l’intériorisation. Milieu intérieur et milieu extérieur se mêlent dans l’oubli des différences et des frontières ;

 et l’eau miroir qui reflète et redouble notre image.

C’est notre imaginaire nocturne mystique qui organise alors cette rencontre avec l’eau intérieure.

 Enfin il est une troisième forme de rencontre avec l’environnement repérée par Gilbert Durand, c’est celle des synthèses, des complémentarités et des successions dans le temps. C’est alors l’eau cyclique et courante qui nous parle, une eau qui renvoie à des images temporelles et combinatoires. On n’est plus là, ni dans l’effort de croissance, ni dans le repli vers l’informel, mais dans la succession des rythmes et des cycles, dans la combinaison des contraires, dans l’acceptation de la synthèse. La vie alors s’écoule de la source à la mer, tantôt souterraine tantôt rebondissante, tantôt claire tantôt glauque, tantôt calme tantôt violente, tantôt contenant tantôt contenu.

Trois composantes : l’espèce, l’individu et la société (E. Morin)

Cette exploration des images et des symboles de l’eau, rendue possibles par de longues recherches anthropologiques, sociologiques et psychologiques, ne doit pas nous faire oublier l’impossibilité que nous avons d’en dresser un catalogue exhaustif et définitif, et ceci pour plusieurs raisons :

 d’une part l’homme a inventé le symbole pour traduire l’intraduisible ce qui rend toute interprétation non seulement partielle mais aussi partiale ;

 d’autre part dans les symbolisations, on est toujours tiraillé entre des pôles qui se confrontent, l’eau donne et prend la vie, elle nettoie et rouille, elle arrose et inonde, elle purifie et moisit, elle protège et étouffe ...

 enfin s’il existe bien un fond d’imaginaire que nous nous transmettons de génération en génération, chaque époque, chaque culture, chaque groupe social, et même chaque individu crée sa propre symbolisation pour rendre son monde intelligible.

C’est ce qui fait que nous n’avons pas tous les mêmes réactions face à une même eau. Certains la recherchent d’autres la fuient. Certains sont comme des poissons dans l’eau cherchant l’immersion corporelle, d’autres préfèrent les rêveries contemplatives qui ne mouillent que l’âme. Certains seront du fleuve, d’autres seront de l’océan ou des lacs.

Ceci parce que l’imaginaire qui œuvre en chacun de nous est constitué de 3 composantes remarquées par René Barbier. Relativement autonomes les unes des autres, elles sont aussi en interactions permanentes et fondent la capacité que nous avons à inventer une autre interprétation de la réalité que celle qui s’offre de façon immédiate :

 une composante sacrale qui correspond au contenu des mythes et des archétypes. On y retrouve ces images d’une eau germinale, fécondante, fertilisante, purifiante.

 une composante pulsionnelle qui prend appui sur les pulsions, c’est à dire sur les besoins fondamentaux de l’individu : boire, se laver, se ressourcer ...

 et une composante sociale : magma de significations inconscientes partagées par une société et dans laquelle on peut percevoir notre rapport occidental moderne à une eau d’usage facile, déresponsabilisant et d’utilisation gaspilleuse. Notre imaginaire social de l’eau est aujourd’hui en tension entre le désir d’une eau pure et la peur d’une eau polluée, entre la conscience des plaisirs de l’eau et l’inconscience des besoins de l’eau, entre la demande croissante d’une hygiène par l’eau et l’accélération exponentielle des souillures de l’eau.

Si Gaston Bachelard voyait en 1942 dans les images de la pureté véhiculées par l’eau une sorte de « morale naturelle », un fossé s’est creusé depuis dévalorisant nos rapports à l’eau et à la nature en général. Sans doute nous faut-il réapprendre à écouter le « parler gouailleur » de la rivière et « l’argot » du ruisseau, comme il savait le faire ; sans doute nous faut-il écouter aussi les alertes des écologues et autres scientifiques de la santé de l’eau. C’est peut-être en combinant l’écoute sensible de l’eau, l’appropriation de l’information scientifique sur l’eau, et l’expression intermédiaire du lien symbolique avec l’eau que nous construirons un comportement citoyen vis-à-vis de l’eau. L’eau écoformatrice saura peut-être nous faire « transformer nos gestes d’usage en gestes du sage », comme le souhaite Gaston Pineau.

Bibliographie

BARBIER René (1997), L’approche transversale : L’écoute sensible en sciences humaines, Paris, Anthropos

BARBIER René et PINEAU Gaston (Coord.) (2001), Les eaux écoformatrices, Paris, L’Harmattan

COTTEREAU Dominique (2001), Formation entre terre et mer : alternance écoformatrice, Paris, L’Harmattan

COTTEREAU Dominique (2001), Pour une formation écologique, Revue Education permanente, Pour une écoformation : former à et par l’environnement, n°148/2001-3

BACHELARD Gaston (1942), L’eau et les rêves, Essai sur l’imagination de la matière, Paris, José Corti

DURAND Gilbert, 1969, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod

MORIN Edgar (2000), Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil

MORIN Edgar et KERN Anne Brigitte (1993), Terre-Patrie—, Paris, Seuil

PINEAU Gaston et coll., (1992) De l’air. Essai sur l’écoformation, Paris, Paideïa.

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