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L’événement personnel, la grossesse et l’éducation prénatale en Corée

dimanche 6 novembre 2011, par Estelle Cheon-Pavageau

Enfanter constitue un événement mystérieux, intime et curieux. La grossesse est un événement personnel important pour la perpétuation de l’humanité. L’arrivée de la grossesse change, modifie, transforme la vie du couple. Comment les Coréens préparent-ils et affrontent-ils cet événement pour mieux accueillir l’enfant à naître ? Comment vivent-ils la grossesse en tant que parents ? Comment les parents coréens pratiquent-ils l’éducation au bébé dans le ventre ?
Le plein épanouissement d’un enfant commence dès la vie prénatale. Le nouveau-né n’est pas tabula rasa car les premiers neuf mois de vie ont laissé des empreintes et des marques indélébiles. En fait, l’éducation commence bien avant la naissance, en tenant compte de la place de l’enfant dans la famille. Les recherches sur la vie intra-utérine de l’enfant sont centrées souvent sur l’aspect médical ou paramédical, et sur l’aspect psychanalytique et psychologique, mais peu sur l’aspect éducatif. Jusqu’à aujourd’hui, très peu de recherches en sciences de l’éducation traitent de cette période prénatale en France. Pourtant, l’histoire de l’éducation prénatale remonte à environ 3107 ans.

L’objectif de cet exposé visera la représentation de l’événement de la grossesse en s’articulant autour de l’éducation prénatale telle qu’elle est pratiquée en Corée du Sud, ainsi que la critique de certains de ses aspects, mais également la reconnaissance des qualités propres à ce type d’éducation et sa nécessité d’être, dans des aspects généralisables à d’autres cultures. Nous essayerons d’appréhender les savoir-faire, les pratiques de l’éducation prénatale selon des caractéristiques personnelles et les idées des parents (la singularité, la créativité, la nouveauté) lors de cet événement. Le but est de déterminer quels savoirs on peut tirer et transmettre de nos jours aux futurs parents à partir de pratiques éducatives réalisées par d’autres parents pendant la grossesse.

Mots clés : Événement personnel, grossesse, éducation prénatale, événement-projet, maltraitance.

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Le 2 décembre prochain madame Cheon-Provageau soutiendra sa thèse de doctorat à l’université de Nantes, sous la direction du Pr. Martine Lani-Bayle.

Madame Cheon-Pavageau développe dans sa recherche une question encore largement encore en friche en France : l’éducation prénatale. Elle pose très bien la problématique dès les premières pages de sa recherche. Elle pense sa thèse comme une recherche exploratoire sur les qualités intrinsèques à cette éducation avant la naissance et « dans le ventre de la mère » dont elle indique d’emblée les diverses qualifications (page 34). Madame Cheon-Pavageau précise qu’elle se situe dans le cadre d’une problématique théorique et méthodologique d’ethnographie clinique plus brève que celle d’une ethnographie habituelle.
Son travail de recherche est largement informé sur le plan théorique et méthodologique par des recherches américaines et coréennes que ce qui a pu être déjà écrit en France. Elle se veut avant tout une recherche exploratoire sur les manières de faire et de se représenter cette éducation prénatale par des parents nés à l’époque qui a suivi les dures contraintes politiques et économiques de la guerre de Corée. La recherche d’appuie sur une tradition de l’éducation prénatale de très longue durée en Corée, comme dans d’autres pays d’Asie, en particulier de la Chine.
La thèse qui comprend 573 pages, dont 31 pages de bibliographie et 17 annexes, se divise en quatre grandes parties. La première partie comprend les postures épistémologiques, méthodologiques, les précisions terminologiques, les grandes lignes de recherches par rapport à cette éducation prénatale. La deuxième partie consiste à présenter des études de références théoriques et historiques pour comprendre cette éducation prénatale. La troisième partie aborde la problématique sur le terrain. Elle présente une analyse de vingt entretiens portant sur dix couples, une observation d’une classe d’étudiants en Corée et deux questionnaires auxquels ont répondu 91 étudiants coréens sur les connaissance et la pratique de l’éducation prénatale.

La quatrième partie est consacrée à la présentation des résultats de l’analyse et à la synthèse, à la réflexion philosophique sur l’influence de la spiritualité et de l’inné et de l’acquis, de l’éducabilité du bébé dans le ventre de sa mère, ainsi qu’aux critiques des pratiques de l’éducation prénatale. Et à la discussion qui peut s’en suivre.
La thèse est bien écrite avec très peu de fautes de style et d’orthographe. Elle permet de bien situer la pratique et le discours des sujets concernés par l’éducation prénatale en Corée.

Elle se veut une description de la pratique de cette éducation prénatale en Corée à partir du discours des pères et des mères ayant déjà eu des enfants.
L’hypothèse de travail de l’impétrante propose un postulat (page 234) : il y aurait une différence de représentation et de pratique entre une éducation prénatale traditionnelle et celle de parents plus dégagés des contingences de l’après-guerre et plus soucieux de créativité et d’originalité dans le domaine de ce type d’éducation. Cette nouveauté porterait sur les valeurs, les pratiques, les croyances, la spiritualité, la manière de transmettre le savoir et en fin de compte le rôle des parents dans cette éducation prénatale.

Madame Cheon-Pavageau va essayer tout au long de sa recherche, de mettre en lumière cette différence supposée entre une éducation traditionnelle et une éducation moderne qui ne renie pas la tradition mais réactualise ses présupposés à l’aune des données de la science contemporaine concernant le bien-être de l’enfant « dans le ventre de sa mère ».

La recherche est minutieusement menée et réfléchie d’une manière phénoménologique à travers les entretiens et leur analyse sur le plan de chaque entretien (analyse verticale) et sur l’ensemble des dix couples et des vingt entretiens (analyse transversale) en dégageant les thématiques centrales et communes. On notera l’intérêt des analyses détaillées de figures de femmes exemplaires en ce domaine.

La dimension critique n’est pas absente dans cette thèse, mais elle reste malgré tout au niveau de la dimension empirique à travers ce qu’en disent les acteurs. Lors de la soutenance, nous pourrons discuter plus avant d’un regard critique qui prendrait plus de distance avec la singularité expressive des acteurs de terrain et envisagerait une dimension transversale plus macrosociologique en liaison avec l’imaginaire social de l’éducation sur la petite enfance dans la postmodernité néolibérale mondialisée.
En tout état de cause la thèse de Madame Cheon-Pavageau apparaît comme une très heureuse réflexion argumentée et détaillée par une étude sérieuse de terrain qui permet une compréhension d’une pratique éducative prénatale dans la Corée d’aujourd’hui et peu habituelle en France. Elle apporte une connaissance évidente concernant la prime-éducation en son point d’origine.

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